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4. CONCURRENCE ET PRIVATISATION Le Québec est une des provinces canadiennes où limportance relative des entreprises gouvernementales en regard des entreprises privées est la plus élevée. Un pays qui veut faire face à la concurrence internationale doit créer un environnement compétitif qui sera à la fois résistant et souple pour préparer les entreprises à surmonter les défis internationaux qui ne cessent de se présenter. Un milieu où les forces de la concurrence sont vives et propices à lémulation génère des bénéfices pour tous les consommateurs, surtout pour ceux qui appartiennent aux couches les plus pauvres et les plus démunies de la société. Les entreprises sont amenées, dans un tel environnement, à offrir des biens et des services de haute qualité à des prix qui se rapprochent du véritable coût de production. Lexpérience québécoise en cette matière ne se révèle pas heureuse, loin de là. Le gouvernement du Parti québécois nest pas lunique responsable et ne mérite pas tout le blâme pour la sclérose des forces concurrentielles au Québec au cours des 30 dernières années. Mais, jusquà présent, il na pas fourni de preuves tangibles de sa sensibilité au problème. Concurrence Pour proposer comment un gouvernement devrait sy prendre pour favoriser la concurrence, on doit se demander ce quest la concurrence et ce que sont les bénéfices quelle procure. La concurrence n'est pas un objectif recherché en soi, mais elle représente plutôt le moyen d'organiser toute activité, quelle qu'elle soit, afin datteindre un but donné. On recherche ainsi la concurrence pour les effets bénéfiques qu'elle entraîne sur le comportement des agents économiques concernés et, par ricochet, sur tous les autres membres de la société. Cette idée dépasse naturellement le cadre des simples activités marchandes et s'applique aussi à tous les aspects de la vie en société. La concurrence constitue un processus dynamique qui assure la réalisation des activités de production aux moindres coûts possibles. Les deux éléments fondamentaux qui rendent possible la concurrence sont linformation et le choix. Les consommateurs qui ont accès à de nombreuses variétés de biens et de services imposent une discipline aux producteurs. Pour que les consommateurs puissent exercer en toute liberté des choix judicieux, et significatifs, il faut quils soient bien renseignés sur ces derniers. Ainsi, toute politique qui désire accroître la concurrence doit sévaluer par la question suivante : «Le gouvernement augmente-t-il par ses initiatives linformation et le choix qui existent dans les marchés ? » Lien entre la privatisation et la concurrence La concurrence se révèle plus efficace lorsque les droits de propriété sont bien définis. Ces derniers donnent à son détenteur le droit d'utiliser un actif quelconque à bon escient, le droit de gagner des revenus à partir de cet actif, le droit de sengager dans un contrat (vente, location de toutes sortes) avec des tierces personnes et le droit de le transférer volontairement à n'importe qui. Ainsi, plus les liens sont étroits entre les efforts quon met dans une entreprise donnée et les récompenses quon en retire, plus on est incité à en prendre bien soin, à prendre des risques jugés acceptables et à trouver la façon la moins coûteuse de la gérer. Doù limportance que les économistes accordent à la privatisation. Les actionnaires des entreprises privées sont associés directement à la gestion. Comme il nest pas évident, dans les entreprises publiques, qui en possède vraiment les droits de propriété, on observe des dérapages de toutes sortes. Ce problème est bien connu et a suscité un grand mouvement de privatisation dans le monde. Cependant, il existe une deuxième étape qui sajoute pour que les bienfaits de la privatisation soient partagés non seulement entre les actionnaires, mais aussi entre les consommateurs. Il faut que lentreprise, devenue privée, soit soumise à la concurrence des entreprises tant locales quinternationales. Autrement, la firme privatisée peut être gérée efficacement, mais elle va se comporter comme un monopole qui maintient ses prix à un niveau artificiellement élevé. Sans concurrence, les bénéfices de la concurrence se restreignent aux producteurs et aux actionnaires de la firme privatisée.
Deux types de privatisation (Johnson et Pazderka, 1995 : 99-100) soffrent à tout gouvernement et ils diffèrent beaucoup en raison de leurs conséquences sur le bien-être des citoyens. Le premier se présente sous la forme de la vente pure et simple des actifs selon une procédure dappel doffres. Le gouvernement cède alors ses droits de propriété et reçoit la somme attendue des nouveaux actionnaires. Toutefois, cette privatisation se révèle incomplète puisque le gouvernement peut dépenser les sommes selon son bon vouloir, faisant fi de la préférence des citoyens, les vrais actionnaires. La seconde variété se nomme « voucher privatisation », cest-à-dire que le gouvernement distribue les actions aux citoyens qui deviennent les vrais détenteurs des ressources. Ils peuvent les garder ou les échanger contre nimporte quoi. Dans les deux cas, la firme est mieux gérée : dans un cas, le gouvernement collecte les sommes, alors que dans le second, il ne reçoit rien, mais les citoyens senrichissent. En sinspirant dun slogan très à la mode durant les années 1960, le meilleur moyen dêtre maître chez soi, cest dêtre actionnaire individuel dun petit quelque chose plutôt que dêtre propriétaire collectivement dune grosse machine. La situation québécoise Ce qui distingue la province de Québec des principales provinces canadiennes, cest la prolifération des entreprises publiques, dont plusieurs sont aussi à labri de la concurrence. Lindice de la liberté économique de linstitut Fraser (Armin et al. : 28) comprend plusieurs composantes dont lune est limportance des entreprises publiques dans le produit intérieur brut. Pour toutes les années calculées, 1981, 1985, 1989, 1993 et 1994, les sociétés dÉtat québécoises représentent plus de 30 % du PIB. À titre de comparaison, le pourcentage de lOntario est de 16 % et celui du Québec de 41 % en 1981, de 15 % et de 39 % respectivement en 1989 et de 17 % et de 32 % respectivement en 1994. Ce pourcentage élevé du PIB nest pas assujetti aux normes defficacité et aux contrôles qui sensuivent dans le secteur privé. Comme presque tous les ministères sont responsables, à titre divers, de firmes publiques, une discussion détaillée de chacune ne serait pas possible dans le présent document. Prenons comme exemple de la performance du gouvernement du Parti québécois lentreprise publique la plus importante et la plus susceptible dune privatisation, Hydro-Québec. La société dÉtat est un monopole naturel dont les principales caractéristiques de fonctionnement sont les suivantes (Bélanger et Bernard, 1994) : a) elle est subventionnée, en ce quelle ne paie pas dimpôt sur le revenu des sociétés et quelle profite des taux dintérêt inférieurs en raison de la notation financière de la province de Québec ; b) elle nest astreinte à aucun taux de rendement prédéterminé, ce qui fait quen 1995, le taux de rendement sur lavoir propre est de 3,3 % alors que le taux dintérêt moyen de la dette à long terme gravite autour de 9,08 %. Elle est donc sur-capitalisée et sa dette est élevée ; c) son niveau demplois et la détermination de la rémunération sont tous les deux supérieurs à ce que permettraient les forces dun marché concurrentiel, soit un surplus de main-duvre fort appréciable, soit une rémunération de 21 % supérieure à celle dentreprises québécoises et canadiennes comparables durant les années 1980. En 1992, la direction reconnaissait avoir réduit lavance salariale de moitié (Journal des débats, 1992) ; d) elle pratique une politique dachats préférentiels envers ses fournisseurs québécois, qui les incitent à la collusion (La Reine c. Hélicoptères Abitibi Limitée et al. 1997) ; e) elle applique une politique de discrimination des prix à légard de ses clients sans avoir à lafficher ouvertement. Hydro-Québec subventionne les ménages en ce que la tarification actuelle ne leur fait assumer que 71 % du vrai coût marginal de longue période. Un deuxième groupe dutilisateurs, plus restreint en nombre : les grandes entreprises industrielles. Ce groupe reçoit aussi des subventions puisque le tarif payé ne représente que 75 % du coût marginal de longue période. Finalement les alumineries et certains producteurs de magnésium sajoutent à la liste des bénéficiaires de subventions depuis quils se sont implantés au Québec. Ces entreprises énergivores nassument que 47,5 % du coût marginal de longue période (Bélanger et Bernard, 1991), faveur à laquelle il faut ajouter les coûts de partage de risques qui se chiffrent à 180 millions pour la seule année 1995. Les effets pervers de ces subventions sont évidents. Tout dabord, il en découle une consommation excessive délectricité et deuxièmement la domination de lélectricité hydraulique entraîne labsence de diversification des approvisionnements dénergie, surtout vers le gaz naturel en ce qui concerne le chauffage des résidences. Les transferts sont nettement mal ciblés, si lobjectif est de promouvoir lintérêt collectif de tous les Québécois. En résumé, ces caractéristiques créent une situation où les décisions dinvestissement sont généralement prises par les autorités politiques, où le contrôle des coûts ne fait pas partie des priorités et où seule lactivité brute est privilégiée. Doù des devancements de projets et la signature de contrats fondés sur la notion de coûts évités. En raison de prévisions erronées de la demande, le monopole public a jugé préférable dacheter de lélectricité de petites entreprises, situées près de centres de consommation, que de construire la centrale hydraulique de Grande-Baleine. Cette situation sest produite au début des années 1990. La commission denquête Dorion, nommée par le gouvernement du Parti québécois, na pas trouvé dirrégularités puisque lattribution des contrats sest réalisée en conformité avec les responsabilités qui incombent à un ministre des Richesses naturelles. Les coûts évités traduisent ainsi les pertes supportées par Hydro-Québec pour des contrats dont le prix dachat du kWh auprès dun producteur privé est plus élevé que le prix de vente obtenu par la société dÉtat. Pour satisfaire son appétit vorace à favoriser certains secteurs économiques et à supporter son personnel grassement payé, Hydro-Québec na pas versé durant de nombreuses années de dividendes à lactionnaire, le gouvernement du Québec. De plus, les entreprises commerciales étaient celles qui finançaient le plus les subventions croisées en ce quelles assumaient un tarif équivalent à 93,7 % du coût marginal de longue période. Lentreprise publique demande une augmentation des tarifs que lui accorde le gouvernement et celui-ci lui demande en retour certains services de nature politique. Cest ainsi que sexplique la construction du barrage de la Sainte-Marguerite-3 par Hydro-Québec à la demande du gouvernement dalors, même si le coût du kWh était plus élevé que le prix de vente sur le marché. Cest une caractéristique distinctive des monopoles gouvernementaux que les clients qui ne possèdent pas de pouvoir politique sont toujours les derniers servis. Hydro-Québec semble davantage préoccupé par des projets denvergure à fortes doses de prouesses technologiques et aussi destructeurs de lenvironnement. Quil nous soit permis de citer lactuel ministre des Ressources naturelles, responsable de la société dÉtat, sur lopposition des citoyens à la construction le la nouvelle ligne Hertel-Des Cantons pour décrire la philosophie partagée par les gestionnaires du monopole public et les politiciens élus : «Ce nest pas vrai quon va permettre à quelques centaines de personnes de samuser au détriment de 3,5 millions de leurs concitoyens, même si elles ont effectivement des droits » (Le Soleil, 1998a). Les initiatives du gouvernement du Parti québécois Les initiatives du gouvernement à légard du monopole naturel délectricité sont les suivantes : en 1997, il crée un organisme indépendant de réglementation, la Régie de lénergie, et il demande à Hydro-Québec de devenir plus rentable et de lui verser des dividendes. De plus, lorsque la société dÉtat fait des investissements quelle juge non rentables, comme développer des sources nouvelles dénergie, par exemple, le gouvernement sengage à en assumer les frais. Doù les mêmes questions qui nous servent de critère dévaluation : comment ces actes augmentent-ils lefficacité de lentreprise publique et comment servent-ils les intérêts du consommateur ?
La Régie de lÉnergie Le contrôle des coûts était lune des idées maîtresses sur laquelle reposait la création de la Régie de lÉnergie. Quel a été son score ? Jusquà la fin du mois daoût, son rôle était encore à définir puisque la société dÉtat, en obtenant un gel tarifaire, sétait mise à labri des investigations de la Régie de lénergie pour toute la période concernée, soit 1998-2002. De plus, lentreprise publique avait entrepris, sans attendre les audiences de la Régie, lallocation des coûts entre les activités de production dénergie, de transport et de distribution pour satisfaire aux exigences de la régie publique américaine, la Federal Energy Regulatory Commission (FERC). Cest dans ce contexte que Hydro-Québec crée la firme de transport délectricité (TransÉnergie) pour acheminer lélectricité à ses clients. Le tarif exigé sappliquera aussi à tout producteur ou distributeur hors Québec désireux dutiliser ce réseau de transport. Il en découle que la Régie de lÉnergie était à la merci du monopole public à bien des égards, avant même de prendre des décisions pour assurer la protection de lintérêt collectif. Dans son premier «avis» sur les tarifs délectricité, la Régie de lénergie (1998) se conforme à sa loi constitutive et recommande au gouvernement dentreprendre un examen des coûts de production, de transport et de distribution de lélectricité pour valider la grille actuelle de tarifs. Elle émet une autre recommandation, à savoir que Hydro-Québec établisse une comptabilité séparée et distincte de ses trois activités (La Régie : 24). Elle rejette ainsi la prétention du monopole public que le tarif L est le coût moyen de production, puisquil na jamais été validé. Celui-ci serait, en réalité, le tarif de base facturé aux grands industriels (La Régie : 33). Elle recommande que la production délectricité soit réglementée sur la base des coûts (La Régie : 21). La Régie de lénergie estime que les exportations délectricité ou lélectricité vendue à un prix inférieur à son coût de production par un contrat particulier soient lobjet dune comptabilité différente (La Régie : 24). Que le gouvernement accepte ses recommandations ou quil adopte la proposition du monopole public, le nouvel organisme de réglementation croît quil faudrait revoir la structure tarifaire actuelle pour que les prix donnent un «signal» des vrais coûts de production, « ce qui conduit à une utilisation plus efficace de cette source dénergie »(Le Devoir, 1998b). Le gouvernement adopte la bonne attitude en pressentant que Hydro-Québec a besoin dêtre mis sous une surveillance stricte, mais ses espoirs sont mal fondés sil croit que la Régie est le surveillant dont il a vraiment besoin. De tels organismes de réglementation à travers le monde ont été soit capturées par les intérêts politiques quils devaient assujettir, soit incapables de connaître suffisamment le fonctionnement interne de lentreprise pour juger si le coût des entreprises délectricité était hors de contrôle. Au lieu de cela, le gouvernement aurait dû entreprendre des démarches pour privatiser lentreprise publique délectricité et pour la soumettre aux forces de la concurrence. Dans la recherche du coût de production faible, rien nest plus stimulant que la présence dun rival qui menace de prendre le marché de son concurrent. Pour apprécier le pouvoir de la concurrence sur le contrôle des prix, on na quà penser aux rabais stupéfiants que les grandes entreprises daviation commerciale offrent à leurs clients sur certaines destinations, quand de nouveaux venus, dont les coûts dopération sont faibles, menacent leur marché. Si on tient compte des développements sur le marché américain de lénergie et des intérêts économiques des Québécois, le gouvernement na pas saisi lurgence de réformer lentreprise publique la plus importante au Québec, dont la gestion et les pratiques sont aussi source de distorsions sur léconomie. Ce qui est encore plus remarquable, cest quil a en fait fait marche arrière. Plutôt que de privatiser le monopole public, on le voit essayer détendre son empire en accroissant ses sources et ses formes dapprovisionnement. En 1997, Hydro-Québec devient un actionnaire important de lentreprise Gaz Métropolitain Inc., son principal concurrent sur le marché du chauffage.
Évaluation Les initiatives du gouvernement du Parti québécois en matière de privatisation ne sont pas complètement négatives. Le gouvernement actuel nannule pas les privatisations du gouvernement libéral précédent, soit lusine sidérurgique Sidbec, le centre de ski du Mont Ste-Anne et les entreprises forestières Unibord et Panneaux Chambord. De sa propre initiative, il privatise le chantier maritime MIL Davie en rendant lopération plus alléchante aux nouveaux propriétaires, vend ses actions dans lentreprise manufacturière dautocars Prévost Car et dans laluminerie Alumax de Bécancour. Nonobstant ces efforts, il faut noter que toutes ses transactions sont des applications dune formule de privatisation incomplète, puisque les sommes reçues sont versées à la trésorerie plutôt quaux citoyens. Le gouvernement a ainsi raté loccasion dassocier directement les citoyens dans la gestion de leurs ressources et il a ainsi perdu la sagesse qui se dégage des opinions du peuple. La note attribuée au gouvernement québécois est un C-. Il est vrai que le gouvernement actuel a procédé à des privatisations, ce qui réduit limportance des sociétés dÉtat dans léconomie. Toutefois, lécart observé avec la province de lOntario est trop grand, ce qui appellerait des actions de plus grande envergure. Le gouvernement du Parti québécois ne cherche pas loccasion de se départir du monopole public de lélectricité qui doit devenir plus concurrentiel sur le marché nord-américain de lénergie. Il savère quune innovation technologique américaine importante, la centrale à cycle combiné au gaz naturel, peut se révéler moins coûteuse à la longue en raison de sa proximité des centres de consommation que la moyenne de lensemble des barrages du producteur québécois. Le monopole public nest pas en mesure de sajuster à ce nouvel environnement à courte et à moyenne durée et les coûts occasionnés par ce retard vont croître avec le temps. Il sagira : a) de réduire les coûts de production et tout particulièrement la main-duvre et sa rémunération ; b) dabandonner la politique de subventions croisées envers la clientèle ; c) dadhérer à une tarification au coût marginal ou au prix de revient «marginal» et à des tarifs différenciés selon le temps ; d) décarter la politique dachats préférentiels et e) daugmenter le taux de rentabilité en réduisant la capacité excédentaire. La privatisation règlerait tout dun coup ces difficultés qui semblent insurmontables dans le contexte actuel.
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