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8. RÉFLEXIONS SUR LA POLITIQUE DÉDUCATION Le gouvernement du Parti québécois a exprimé avec grand intérêt la nécessité de stimuler les entreprises novatrices qui conçoivent et produisent des biens et des services de haute valeur ajoutée. Un de ces services dont la valeur ajoutée est parmi les plus élevées, et qui nest pas mentionné par le gouvernement, est léducation. Lindustrie québécoise de léducation est peut-être lune des composantes économiques la moins innovatrice. Cest aussi un segment de léconomie où le gouvernement du Parti québécois pourrait faire une immense différence puisquil se trouve être le principal producteur. Malheureusement, en éducation comme pour les soins de santé, le gouvernement du Parti québécois a choisi de réagir en se fiant à ses vieux réflexes pour diriger le tout de sa position dominante. Il a ignoré les leçons dégagées des expériences étrangères et il na pas été porté à innover. Pour porter un jugement sur les programmes mis de lavant par ce gouvernement, il est nécessaire de présenter un aperçu de la théorie économique de léducation. Léducation est un marché où le choix et linformation ont un rôle primordial. Comme dans toute autre activité humaine, il apparaît que la concurrence est le seul mécanisme apte à produire la variété et la qualité de services compatibles avec les préférences des parents. Il ny a pas de modèle unique et «scientifique» déduquer les enfants, ni donc une seule sorte décole. Habituellement, les parents veulent offrir à leurs enfants les moyens de sépanouir et daméliorer leurs chances dans la vie. Leur choix dune école se fait généralement en fonction de son aptitude à répondre aux besoins de lélève. Doù de la nécessité de diversifier les institutions denseignement pour satisfaire à ces préférences hétérogènes. Les écoles soucieuses doffrir ces services vont devoir concevoir de nouveaux programmes, rechercher un fonctionnement efficace pour le réaliser et développer sans cesse de nouvelles méthodes pédagogiques en vue daméliorer les modes dapprentissage. Lémulation qui en découle permet alors aux écoles de mieux répondre aux exigences de leur clientèle. Comme la concurrence est un processus dexpérimentation, les échecs comme les succès deviennent rapidement connus. Dans le premier cas, les autres institutions denseignement ne répéteront pas la même erreur. En dautres termes, ce nest pas une génération entière denfants qui sen trouvera victime. Dans la seconde hypothèse, limitation se fera rapidement parce quelle saccompagnera de hausse de clientèle et de revenus. Le marché de léducation possède une particularité qui lui est propre. Celui qui investit dans sa future formation peut ne pas être le seul à en tirer des bénéfices. Cette observation est tout particulièrement vraie aux niveaux élémentaire et secondaire. Lenseignement comporte une composante générale dont le contenu peut générer des économies externes qui se répercutent au-delà de lélève. Il nobtient pas la totalité des bénéfices de son investissement en capital humain général, puisquune tierce partie peut en profiter (Friedman, 1955). Ainsi, une société où le niveau de scolarité et lalphabétisation est élevé peut compter des citoyens plus respectueux des lois et jouir dun environnement plus sécuritaire.
Lexistence de bénéfices qui ne profitent pas uniquement à lélève peut justifier une certaine forme de financement de la part de lÉtat. Cependant, aucun argument économique digne de considération ne peut être invoqué pour que le gouvernement produise aussi les services déducation. Dans lanalyse de ce thème, il est important de considérer dans lévaluation, non seulement le système déducation, mais aussi son état général : quelquefois on peut trouver un rôle au gouvernement pour le financement dun service. Il nexiste pas de justification saine, soit en théorie, soit dans les faits, pour que le gouvernement devienne en plus le producteur de ces services. De nombreux groupes dintérêt ont dévoyé le régime de financement public. Ils sen sont servis pour promouvoir la production monopolistique de lenseignement par le gouvernement. Les syndicats denseignants et de professeurs duniversité forment au Québec des groupes de pression puissants qui ont obtenu des salaires non concurrentiels et des conditions de travail sans pareil, qui ont fait obstacle à linnovation par certains de leurs membres les plus dynamiques. La résistance à linnovation sert à protéger certains membres du corps enseignant et de ladministration des esprits les plus actifs de leur milieu. Il sopère ainsi un transfert caché de revenus des personnes actives vers celles qui sont oisives. Cest du collectivisme forcé comme on observait dans les pays socialistes de lex-Union soviétique. À bien des égards, la forte centralisation qui caractérise le système scolaire québécois ne se différencie guère de lorganisation économique qui avait cours dans les pays de lEst avant la chute du mur de Berlin. Lencadrement homogénéise la manière de produire le service, de sorte que lautonomie est presque totalement bannie des écoles publiques et fortement limitée dans les écoles privées. Il en résulte que ce qui devrait être un secteur croissant de léconomie devient source de ralentissement. Les contribuables, mais surtout les jeunes, en paient le prix. Description de la situation québécoise au primaire et au secondaire Lenvironnement du système déducation québécois se caractérise par la prédominance de lécole publique, financée par les contribuables et constituée en quasi-monopole par le gouvernement. En 1995, les écoles publiques du primaire et du secondaire accueillaient 90, 6 % de la population québécoise et les écoles privées, 9,4 %. La clientèle du secteur public est à la baisse depuis 1982 de 4,3 %, et celle du secteur privé à la hausse de 21 %. Le financement du secteur public provient, pour lannée 1992, des subventions du gouvernement (85, 8 %), des taxes scolaires (10 %) et de différentes autres sources (4,2 %). Quant aux revenus du secteur privé, ils se composent, pour la même année, en subventions publiques ( 3,6 %), en contributions des parents (27,1 %) et autres sources ( 20,3 %). La subvention par élève est de 5 455 $ pour le secteur public et de 2 788 $ pour le secteur privé. Le secteur privé ne reçoit que 49,5 % de son financement de la subvention publique. Pour lannée 1992, le revenu total par élève allant à lécole publique sétablit à 6 434 $ et celui dont les parents choisissent le secteur privé à 5 401 $. Bref, le coût par élève dune école privée est inférieur à celui de lécole publique de 20 %. La progression du secteur privé se poursuit, malgré la différence de prix entre les deux réseaux denseignement (Marceau et Couture, 1996 : 4-5). La qualité telle que révélée par le choix des parents saméliore. Le gouvernement intervient aussi dans les régimes pédagogiques et dans les programmes scolaires et toutes les institutions denseignement, publiques comme privées, décernent les mêmes diplômes (Marceau, 1997 : 7-11). Bien que ces programmes de base soient tout à fait identiques à ceux du secteur public, les écoles privées se différencient par leurs projets éducatifs particuliers qui se traduisent généralement par des ajouts de cours et des activités différentes. Pressées par la performance supérieure des écoles privées, certaines commissions scolaires, fortement concurrencées sur leur territoire par des écoles privées, ont développé, au niveau secondaire, des écoles internationales, des écoles pour les plus doués et des écoles à forte concentration arts et sciences, qui sinspirent fortement des écoles privées. Les conventions collectives contraignantes, négociées au niveau provincial, fixent les règles de comportement de tous les acteurs du réseau et finalement le monopole local de la commission scolaire sur la clientèle du secteur public complète la situation générale davant la réforme de 1997. Easton (1989) montre pour la période de 1960-1961 à 1982-1983 que le coût par élève qui étudie dans une école publique canadienne est passé, en dollars constants de 1981, de 900 $ à 3 015 $. La hausse na eu aucun effet sur la quantité et sur la qualité de léducation reçue par les élèves du primaire et du secondaire. La plupart des sommes injectées ont servi à accroître la rémunération du personnel enseignant au sens large du terme. On ne peut sattendre à autre chose dun monopole public qui na pas dactionnaires ultimes pour cueillir les profits et dont le groupe dintérêt le plus puissant se compose de ses travailleurs. Performance des élèves des deux réseaux scolaires Quant à lévaluation de la performance de lécole privée en regard de lécole publique, elle peut se faire par la comparaison des épreuves que subissent annuellement les élèves de 4e et de 5e secondaires. Depuis 1994, les résultats aux épreuves sont publiés par école publique plutôt que par commission scolaire. Les parents connaissent les écoles qui sont performantes et celles qui ne le sont pas, au grand déplaisir des administrateurs scolaires et des syndicats denseignement qui fustigent annuellement les résultats en invoquant tous les arguments stéréotypés. Le tableau 10, tiré de Marceau et Couture, (1996 : 39), présente les résultats pour juin 1994. La moyenne des résultats à lensemble des épreuves est de 70, 4 % pour les élèves des écoles publiques et de 78,6 % pour ceux des écoles privées. Lécart type, mesure de la variabilité par rapport à la moyenne, est de 3,05 pour les élèves du secteur public et de 4,25 pour ceux qui étudient dans une école privée. Autrement dit, les résultats sont plus concentrés et donc plus homogènes dans le secteur public que dans le secteur privé où il existe une plus grande diversité institutionnelle découlant du choix des parents. Jusquà tout récemment, la province de Québec était lune des seules provinces à publier les résultats dépreuves pour tous les élèves. La formule fait maintenant tache dhuile puisque dautres provinces canadiennes rendent maintenant leurs résultats publics. Tableau 11
Source : Marceau et Couture (1996 : 39) La réforme scolaire de 1997 La réforme en question a été précédée des États généraux sur léducation où «les différents groupes dintérêts de la société québécoise ont souqué pour orienter une nécessaire réforme de léducation» (Le Soleil, 1997i). Le gouvernement sest inspiré à des degrés divers de leurs recommandations pour atteindre un «consensus», selon lexpression consacrée. Les gestes faits par le gouvernement actuel, qui trouvent leur expression dans la Loi sur linstruction publique de 1997, sinspirent-ils du souci daméliorer la performance des écoles primaires et secondaires ? La petite enfance Cest par un décret (Gazette officielle du Québec, 1997) que le gouvernement du Parti québécois présente le programme pédagogique de la petite enfance. La maternelle à temps plein devient accessible à tous les enfants de cinq ans. Elle nest pas obligatoire, mais dès sa mise en place, plus de 95 % de la clientèle potentielle lutilisent. Les termes de lalternative sont simples pour les parents : elle est gratuite tandis que le substitut privé est la garderie au prix du marché. Par ailleurs, la garderie pour les enfants de trois et de quatre ans devient «largement subventionnée» en ce que les parents ne versent que cinq dollars par jour, tandis que le gouvernement absorbe la différence pour couvrir les frais dopération. En raison de ce prix dérisoire, il se produit une course aux places disponibles et il existe déjà une longue file dattente. Toutefois, comme les subventions vont aux seules garderies sans but lucratif (publiques), les garderies privées sont appelées à disparaître graduellement. Un régime public déducation qui fait preuve dune performance aussi peu reluisante que celle observée au niveau primaire et secondaire a-t-il acquis le droit détendre son influence encore plus loin dans léducation des enfants ? Question très difficile à résoudre parce que les parents nont pas pu exprimer leur choix, faute de consultations. Cette politique de services éducatifs et de garde à lenfance constitue un nouvel exemple dintrusion supplémentaire du gouvernement dans les affaires familiales. Les Spartiates retiraient les garçons à leur famille pour les mettre au service de lÉtat. Ils faisaient fausse route, mais ils avaient au moins du style et du panache. Les analystes modernes qui inspirent une politique semblable sur la petite enfance ont plus le souci daugmenter la taille de leur marché que celui de produire une éducation de qualité. Un gouvernement respectueux de la famille aurait conçu un plan facultatif afin que les parents puissent avoir des bourses pour envoyer leurs enfants à lécole ou à la garderie de leur choix. Dans le contexte actuel, le monopole public de léducation grossit au détriment de la diversité nécessaire, tout en permettant à la Centrale de lenseignement du Québec (CEQ) dajouter 2 400 nouveaux syndiqués à son monopole de la représentation des enseignants des niveaux élémentaire et secondaire (Le Soleil, 1997j). De plus, le gouvernement circonscrit la liberté de choix en ce quil noffre quune seule vraie modalité, les garderies à but non lucratif, subventionnées par les contribuables. Les employés seront rapidement syndiqués, soit par la CSN, soit par la CEQ dont le programme est dexiger que sapplique la nouvelle Loi sur léquité salariale. Leur argument, répété ad nauseum, est que «la majorité des éducatrices de garderie possèdent une formation spécialisée ou universitaire et sont payées moins cher que le concierge dune école» (Le Devoir, 1997g). Abstraction faite de linsulte au concierge, ce commentaire témoigne dune ignorance de la manière dont les marchés de la main-duvre fonctionnent. Les gardiennes spécialisées ou qui ont une formation universitaire sont des professionnelles du savoir. Elles ont tout le loisir de se faire valoir dans différents milieux et différents emplois. Il ne manque pas de concurrence pour leur service. Clamer quelles sont sous-payées, cest affirmer que ces travailleuses ignorent bêtement les occasions quelles ont de se réaliser. Cest aussi nier ou méconnaître que le métier déducatrice de garderie comporte des bénéfices non monétaires. Bref, de fonder son jugement sur le statut des éducatrices de garderie par leur seul traitement monétaire demeure incomplet. Qui sont ces juges pour mettre indirectement en cause leur intelligence ? Les commissions scolaires Les commissions scolaires, grâce à des fusions, réduisent leur nombre de 156 à 70 en 1998. Le gouvernement cherche ainsi à minimiser les coûts dopération et à profiter de certaines économies administratives de lordre de 100 millions sur quatre ans. Lintention est louable, mais fait fi des observations empiriques universelles qui démontrent que les économies déchelle sont un mirage. Le fusionnisme diminue aussi la possibilité pour les citoyens de «voter avec les jambes», parce que lagrandissement du territoire de chaque nouveau monopole local oppose un obstacle supplémentaire à la mobilité des parents. De leur côté, les commissions scolaires procèdent à une réduction temporaire de leur masse salariale. Pourtant le mode de production de services déducation na pas changé dun iota, puisquelles doivent combler les retraites anticipées par de nouvelles recrues. On parle de 12 400 nouveaux enseignants (Le Soleil, 1998k). Certaines dentre elles achètent du temps en majorant leurs taxes scolaires jusquau plafond autorisé par le ministère de lÉducation, car le gouvernement québécois na pas touché aux conventions collectives des enseignants ni à celle des cadres scolaires. Or, ce sont ces mêmes conventions collectives qui poussent le coût de léducation à la hausse et qui diminuent la concurrence. Les écoles privées Un mot sur les écoles privées. Dans sa stratégie du déficit zéro, le gouvernement comprime les subventions gouvernementales aux écoles privées, ce qui entraîne la fermeture dun certain nombre dentre elles en raison des frais accrus que doivent assumer les parents. Les parents ne sont pas insensibles au coût supplémentaire dun enfant à lécole privée. Ceux-ci portent le même fardeau fiscal que les parents qui envoient leurs enfants à lécole publique, mais ils ne reçoivent que la moitié de la subvention scolaire. On donne le nom de double taxation à cette pratique. Celle-ci constitue une barrière à la concurrence qui favorise les écoles publiques. La pédagogie Les autres changements sont surtout de nature pédagogique. Lintention est de renouveler le curriculum des études primaires et secondaires en mettant laccent sur les matières essentielles. Toutefois, le scepticisme est de mise en ce quon profite de loccasion pour abandonner lévaluation par des examens dits objectifs pour la remplacer par des épreuves composées de questions ouvertes, (Rapport Groupe 1997 : 95 ), corrigées localement, et qui permettraient de redonner son importance au jugement de lenseignant (Rapport Groupe 1997 : 101). De là découle la recommandation de ce groupe mandaté par le gouvernement du Parti québécois de ne plus utiliser les résultats de ces nouvelles épreuves uniques pour établir des indicateurs de rendement des écoles et des commissions scolaires, au nom du caractère incomparable des résultats (Rapport Groupe 1997 : 102). Jusquà présent, le gouvernement ne sest pas encore prononcé sur la recommandation. La suppression des tests communs serait non seulement un moyen déliminer la comparaison entre les différentes écoles, mais elle étoufferait aussi les demandes damélioration qui sensuivent. Le gouvernement parle aussi daccorder plus dautonomie aux écoles en leur confiant des responsabilités qui sont du ressort de la commission scolaire. Quant au nouveau rôle des parents dans la gouvernance de lécole qui se trouve dans la nouvelle loi, contentons-nous de rappeler quil ne peut remplacer le libre choix de lécole et que, de toute façon, les parents ne peuvent être majoritaires au conseil détablissement. Les parents québécois ne sont pas dupes. Ils ne croient pas à la démocratie scolaire telle quon la vécue. Ils savent aussi que les décisions viennent den haut, quelles sont inspirées par les groupes dintérêt et quils sont peu consultés, eux les premiers et principaux intéressés. Lindice éloquent de cet état de chose est que les Québécois de langue française ne se sentent pas associés à ce processus comme en témoigne leur faible taux de participation aux élections scolaires de juin 1998. Le taux a été de moitié inférieur à celui de leurs concitoyens de langue anglaise. Les innovations en matière déducation Tout au long de ce processus de renouvellement de lécole québécoise amorcé par le gouvernement du Parti québécois, on a peu fait état au Québec des nombreuses innovations qui ont cours dans le monde de lenseignement primaire et secondaire en dehors de la Belle province (Marceau et al. 1996). La caractéristique principale de ces initiatives est délargir les choix des parents par la multiplication des institutions. Les conséquences en seront la création dun climat de concurrence qui sera lui-même propice au développement des élèves. La nouvelle philosophie qui se répand se fonde sur le financement du choix de lécole plutôt que sur le financement de lécole elle-même. La principale innovation institutionnelle réside dans lavènement de la charter school, école publique qui se distingue des traditionnelles par les caractéristiques suivantes : elle jouit dun fort degré dautonomie du ministère ou de la commission scolaire ; elle est totalement déréglementée et a son propre conseil dadministration ; le renouvellement de sa charte dépend dune évaluation régulière de la performance des élèves. Parmi les autres formules favorables au choix des parents, on retrouve les mécanismes qui incitent dune manière ou dune autre les offrants à se soucier de leur clientèle : le choix de lécole par les parents à lintérieur et à lextérieur de la commission scolaire, laccès à des écoles spécialisées ou alternatives, les vouchers ou les bons détudes encaissables aussi bien à lécole publique quà lécole privée et lautonomie locale des écoles et des commissions scolaires. Au total, ces modalités suscitent la concurrence, en diffusant de linformation aux parents et en leur facilitant la comparaison des écoles et de leur projet éducatif. La publication par Marceau et al. (1996) de la monographie intitulée «Le choix en éducation : levier de qualité et defficacité» na guère suscité dintérêt au Québec. Ce nest pas surprenant. Lécole primaire et secondaire est sous le contrôle dun formidable monopole. Les consommateurs ont de la difficulté à demander des innovations puisquils ne connaissent rien dautre. Le monopole crée lignorance et la perpétue en bloquant linnovation. Des occasions en or se présentent ainsi au gouvernement. Il pourrait réaliser des améliorations mesurables de léducation de ses citoyens en se débarrassant de son monopole public. Nous ne proposons pas que le gouvernement se retire du financement public puisquil nest pas au cur du problème. Celui-ci réside dans le fait que le système québécois déducation fonctionne selon les mêmes sortes de règlements et dans labsence dincitations qui se retrouvaient dans les pays communistes dantan. Comme lexprimait Milton Friedman, léducation publique est le dernier bastion du socialisme. Lenseignement collégial et universitaire Le gouvernement du Parti québécois répond aux demandes des familles riches qui font subventionner léducation de leurs enfants par les familles pauvres. Avant danalyser les problèmes actuels, un certain nombre de faits doivent être rappelés qui éclairent la situation actuelle du financement universitaire québécois. Tout dabord, les étudiants nassument pas plus de 20 à 25 % de leur éducation : les contribuables portent le reste du fardeau. De plus, il découle des gains privés élevés à la formation universitaire. Vaillancourt (1995) calcule que le taux de rendement de léducation universitaire, soit un baccalauréat, est de 14,0 % pour un homme et de 13,7 % pour une femme. Toutefois, Constantatos et West (1991) font remarquer que le taux de rendement diminue si on prend en considération le fardeau excédentaire de la taxation. Dans le cas dun diplôme de premier cycle, les deux auteurs calculent un taux de rendement de 6 % à 10 %, selon limportance du coût social de la taxation. Le rendement de léducation se traduit donc par une hausse de la rémunération et par une baisse de la probabilité de devenir chômeur. Une étude de lOCDE (1997 : 101) indique que le taux de chômage des Canadiens qui nont complété que le premier cycle du secondaire est de 14,3 % en 1994 et de 5,2 % pour ceux qui ont un diplôme universitaire. Le graphique 4 donne un aperçu de lévolution de lemploi selon le niveau déducation. Les emplois sont à la hausse pour tous ceux qui ont fait des études collégiales et qui nont pas complété un diplôme de premier cycle et ceux qui détiennent un diplôme universitaire. Les autres catégories, les élèves dont la scolarité correspond à lobtention dun diplôme de secondaire ou qui ont décroché avant la fin du secondaire, ont enregistré, soit une stagnation, soit une baisse du niveau demplois. Graphique 4
Source : Statistique Canada, Direction des études analytiques,1998 Ces nombres confirment les gains privés de léducation post-secondaire et labsence dun motif qui sappuie sur lintérêt public pour le financement public. Lintérêt commun dicte que le principe de lutilisateur-payeur doit servir de fondement à toute politique responsable. Ce principe repose sur le fait que lutilisateur est amené à peser les avantages et les coûts des ressources en cause. Il sert donc à conserver les ressources et surtout à les faire croître dans le temps. Mais ce principe nest pas directement opérationnel quand il sagit du financement universitaire. Toutefois, les étudiants ne sont pas les seuls à blâmer pour le mauvais fonctionnement que lon observe dans ce milieu. Le financement des universités se fait dans larène politique. Cest en général un canal imparfait pour exprimer les préférences des consommateurs et pour sanctionner rapidement les mauvaises performances des étudiants qui sont sources de gaspillage de ressources rares et coûteuses. Linertie du système de financement sert souvent de coussin au profit des administrateurs universitaires. Un gouvernement, plus soucieux du bien commun que du bien-être de ces administrateurs et des syndicats, chercherait à sensibiliser les universités aux préoccupations de leur clientèle. Cet instrument, il existe. Il prend la forme de privatisation et de concurrence et il ne repose pas sur le maintien des subventions garanties. Le financement Le gouvernement du Parti québécois na pas modifié la méthode de financement des établissements post-secondaires, puisquil maintient le gel des frais de scolarité et que la taxe à léchec imposée aux collégiens na pas pu résister aux menaces des associations étudiantes. La méthode actuelle de financement redistribue largent des pauvres vers les riches (Horry et Walker 1994 : 154). En 1990, 68,4 % des étudiants canadiens des universités ont des parents dotés de revenus supérieurs à la moyenne canadienne. Il ne fait pas de doute que le système favorise les étudiants riches, puisque Lemelin (1992) donne la preuve que le système de financement public est fortement régressif. Le tableau 12, extrait de Lemelin(1992 : 183) présente pour, lannée 1982, la répartition en pourcentage des bénéfices et des coûts du financement public de léducation universitaire selon limportance relative des revenus des parents, divisés en six classes. Les résultats, condensés par le ratio du pourcentage des coûts aux bénéfices totaux, pour chaque classe de revenus, révèlent que la le financement public est régressif dès que le revenu parental dépasse 23 000 $. Cela signifie que les familles, dont le revenu des parents était en 1982 inférieur à 23 000 $, voyaient une part plus importante de leurs taxes et impôts servir au financement de léducation post-secondaire que les services retirés de lenseignement post-secondaire. Cette perversité ne cesse de sélargir au Québec relativement à lOntario, puisque le gouvernement actuel persiste à ne pas vouloir augmenter les frais de scolarité, alors que la province voisine permet aux universités de les majorer. Tableau 12
Source : Lemelin ( 1992 : 183). Quant au financement des universités, il prend toujours la forme de subventions générales qui sont habituellement calculées sur le nombre détudiants, les filières et les cycles détudes. Dans les faits, elles contribuent, selon Lemelin (1998), à la réalisation de toutes les missions de luniversité : enseignement, recherche et service à la collectivité. Luniversité dispose alors dune marge de manuvre qui lui permet de privilégier la scolarisation, la qualité de la formation et la composition des activités de luniversité. Comme lécrit Lemelin (1998 : 581) : «Laide est la plupart du temps fongible et son utilisation par le bénéficiaire indéterminée». Cette forme daide diminue les incitations de luniversité à innover en trouvant de nouvelles façons de satisfaire sa clientèle étudiante. Le financement actuel incite les universités à se diversifier, à créer de nouveaux programmes, plutôt quà favoriser le nombre de diplômés et leur qualité. Les établissements tardent ainsi à se spécialiser, à abandonner les programmes relativement moins rentables en termes denseignement et de recherches et à développer des créneaux qui offrent de meilleures perspectives davenir à leur clientèle. Ce phénomène se trouve amplifié au Québec relativement à lOntario en raison de limportance des fonds publics et des faibles droits de scolarité. Le tableau 13, tiré de Lemelin (1998 : 433), compare lévolution québécoise du financement dans le temps et la situation du Québec avec celle de lOntario et du Canada pour une seule année, 1989. Entre 1970 et 1989, les subventions provinciales sont passées de 53,8 % à 72,3 % et le pourcentage de la contribution des étudiants de 12,0 % à 5,5 %. La comparaison avec lOntario fait prendre conscience du rôle de plus en plus grand du gouvernement québécois dans le financement universitaire, 72,3 % relativement à 60, 2 % pour lOntario, et indirectement de ses priorités. Comme le dit le proverbe écossais : «Who pays the piper calls the tune». Les subventions générales doivent disparaître et doivent être remplacées par un mécanisme incitatif, la contribution financière des étudiants. Ceux-ci, en votant avec leurs dollars, vont inciter luniversité à se préoccuper deux ; sans quoi, elle risquerait de perdre sa clientèle. Tableau 13
Source : Lemelin, ( 1998 ). LÉconomiste et léducation : 433. Évaluation La note quil convient dattribuer à la politique du gouvernement actuel est un C-. Le gouvernement du Parti québécois continue de proposer le modèle unique de production scolaire, lécole publique, et les parents nont pas le choix denvoyer leurs enfants à lécole publique quils préfèrent. Le financement est centralisé, les conditions de travail sont négociées à léchelle provinciale pour lensemble des commissions scolaires ; cest toujours le ministère de lÉducation qui définit les programmes, les met à jour pour en déléguer la gestion aux commissions scolaires ; celles-ci à leur tour les appliquent aux écoles. On parle dautonomie locale, mais elle nexiste que sur papier. De plus, la réforme entreprise par le gouvernement du Parti québécois ne sinspire pas de lexpériences des autres provinces, en particulier de lAlberta qui implante la charter school. Par ailleurs, le maintien du statu quo aux niveaux collégial et universitaire retarde ladoption de nouveaux comportements, aussi bien des étudiants que des universités. La vérité des prix est absente. Les choix qui se font ne conduisent pas à la meilleure allocation des ressources. Avant linsertion de lÉtat dans le régime, le marché de la garderie était concurrentiel en ce que les garderies privées et les autres en milieu familial offraient aux parents des services adaptés à leurs attentes. Les parents exerçaient leur libre choix selon leurs préférences et leur revenu. De nombreuses petites entreprises privées avaient vu le jour sans aucune aide gouvernementale, contrairement aux garderies sans but lucratif qui reçoivent une allocation de démarrage et par la suite une aide financière substantielle pour combler la différence entre le coût unitaire et la contribution parentale de cinq dollars. La garderie sans but lucratif devient, sous le gouvernement du Parti québécois, la seule manière doffrir le service, privant ainsi les parents dune diversité institutionnelle qui reflète leurs préférences hétérogènes. Luniformité privera aussi les parents dinformation puisquils ne pourront plus faire de «magasinage» pour détecter ce qui convient le mieux à leur enfant. La stratégie gouvernementale entraîne non seulement un transfert de ressources vers le secteur public, mais elle risque aussi de créer des manières de penser unidimensionnelles, acceptables à la vision officielle. Un modèle unique denseigner limite le marché des idées et des opinions. Le régime tendra éventuellement vers une démocratie édulcorée et terne, irrespectueuse de diversité. Le fondement de la note C- plutôt que F repose sur linitiative prise par le gouvernement de maintenir la divulgation des résultats des épreuves annuelles des élèves de 4e et de 5e secondaires. La pratique pourrait bien être menacée, si on en croit les efforts de ceux qui ont fait des représentations au groupe de travail sur la réforme du curriculum. Le gouvernement a résisté et doit résister à ces pressions de calculateurs, qui vont à lencontre de lintérêt collectif. La politique dune maternelle publique à temps plein offrait loccasion dintroduire de la concurrence dans le milieu scolaire. Il faut déplorer le refus de la diversité institutionnelle qui aurait suscité lesprit dentreprise du côté des écoles et ladaptation du service aux volontés des parents. Tout entrepreneur, public ou privé, aurait pu alors proposer un projet éducatif. Sil y avait eu preneur, linitiative serait devenue florissante. Sinon, lexploitant aurait à se réajuster ou se retirer. Cette dynamique puissante fleurissait dans les garderies privées et elle avait porté fruit. On lui a préféré lhomogénéité de la garderie publique, le monopole.
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