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11. RÉFLEXIONS SUR LA POLITIQUE INDUSTRIELLE La politique industrielle représente une tentative gouvernementale pour amener les marchés à investir avec sagesse. Pour ce faire, le gouvernement subventionne directement les entreprises ou leur concède des réductions fiscales, devient partenaire en affaires, soit par des garanties de prêts soit quelquefois en devenant directement propriétaire ou administrateur dentreprises. La politiques industrielle jouit dassises intellectuelles fragiles dont les justifications requièrent des formes dintervention gouvernementale des plus modérées. Malheureusement, les gouvernements de ce monde ont exagéré cet appui et se sont servis de la politique industrielle comme prétexte pour intervenir dans léconomie. Le gouvernement du Parti québécois nest pas différent des autres à cet égard. Il utilise la politique industrielle comme un moyen actif dintervention pour résoudre des problèmes qui pourraient autrement se régler si le gouvernement cessait ses interventions et sil se retirait purement et simplement de léconomie. Les arguments invoqués par les gouvernements québécois successifs ont évolué au cours des années ; ils ont servi à justifier les interventions dans la sidérurgie, dans les chantiers navals, dans les mines damiante, dans laviation commerciale et dans les textiles par lentreprise Tricofil. Un indicateur approximatif et incomplet de lampleur dune politique industrielle pourrait se fonder sur limportance des entreprises publiques dans léconomie québécoise. Armin et al. (1998 : 30) suggère comme mesure de cette importance le ratio du passif total et de la valeur nette des entreprises publiques sur le produit intérieur brut. La comparaison avec lOntario fait prendre conscience de lintrusion du gouvernement québécois dans le marché. En 1981, le pourcentage québécois était de 41 % et celui de lOntario de 16 %. En 1994, les pourcentages respectifs étaient de 32 pour la Belle province, baisse appréciable, et de 17 pour la province voisine. Cette forme dintervention repose sur la prémisse implicite que le gouvernement est plus perspicace que le marché, cest-à-dire que le gouvernement possède lexpertise pour arriver à ses fins, quil dispose de linformation pertinente et quil est en mesure dagir en temps opportun, avec perspicacité et savoir-faire. Le gouvernement peut choisir les solutions gagnantes sans faire derreurs. Cette tradition corporatiste, connue sous le vocable de Québec Inc. durant les années 1980, sappuie sur une logique cartésienne qui ferait ladéquation entre les intérêts des protagonistes de lintervention gouvernementale et ceux des citoyens. Le rôle de lentrepreneur Lapproche précédemment décrite ignore que les profits constituent la rémunération dun facteur de production qui organise la production et qui en assume les risques, c'est-à-dire l'entrepreneur. Celui-ci doit constamment faire ses expériences dans un monde où l'information est coûteuse pour découvrir et pour produire les biens et les services qui possèdent des caractéristiques valorisées par les consommateurs. Ainsi, le rôle de l'entrepreneur consiste à engager des ressources daujourd'hui, à les combiner en changeant leurs propriétés physiques ou leur localisation dans l'espace, en vue de réaliser une valeur plus grande que leur coût total. En termes imagés, le rôle de l'entrepreneur consiste à faire voyager les ressources dans le temps et dans l'espace vers d'autres agents dont il anticipe les besoins. Sil saisit la bonne occasion daffaires, que linformation nécessaire à sa prise de décision sest révélée suffisante et que son calcul des risques sest trouvé juste, il encaisse ses profits, jouit du succès présent et continue sur sa poussée. Si la situation contraire se produit, mauvaise occasion, déficience au niveau de linformation et piètre évaluation des risques, il ferme alors boutique et dépose son bilan. Il ne persiste pas dans ses errements, puisque sa fortune, sa crédibilité et sa carrière sont en cause. La succession de gains et de pertes font que les entrepreneurs en connaissent plus que le gouvernement : comme dans nimporte quel domaine dactivités, il faut développer une courbe dapprentissage. Les recettes toutes faites, comme la pensée magique, nexistent que dans le rêve. Quant au gouvernement, il manque dinformation pertinente sur le terrain. Il ne développe pas dexpertise selon une courbe normale dapprentissage. Il prend ses décisions à partir de considérations politiques, cest-à-dire quil favorise les entrepreneurs qui savent faire un bon plaidoyer devant un ministre ou un administrateur dÉtat plutôt que de favoriser les entrepreneurs qui savent satisfaire les besoins des consommateurs. Loctroi de subventions à des entreprises incite les entreprises à entrer dans la course aux privilèges. Or, les chercheurs de privilèges sont plus intéressés à se partager le gâteau quà le produire et à le faire croître. Bref, plutôt que de former des entrepreneurs et de développer linitiative privée, ces mesures entraînent leffet contraire. Le gouvernement forme des entrepreneurs dont les principales caractéristiques, lexpertise et linitiative, résident dans le décrochage de fonds publics. Pour une économie qui veut saffranchir et concurrencer les partenaires du monde entier, le développement de compétences à quémander des fonds publics ne constitue pas une garantie de succès. Linstinct de conservation exige plutôt, dans une petite économie ouverte sur le monde, une capacité de satisfaire les besoins des consommateurs. Les talents quun entrepreneur doit posséder pour faire face aux difficultés et pour les surmonter ne se développent pas dune manière spontanée. Ils ne sacquièrent et ne se cultivent que dans un environnement propice à la concurrence, tourné vers les consommateurs plutôt que vers les cadres supérieurs et les politiciens qui sèment leurs subventions à tout vent. Programmes québécois traditionnels Les stratégies adoptées par les gouvernements québécois successifs pour placer la province de Québec dans le peloton des pays industrialisés, ont mené à des interventions destinées à attirer des entreprises étrangères sur le sol québécois et à favoriser le développement de firmes locales. Voici une énumération partielle des principaux programmes institués par les gouvernements successifs pour mettre en place leur politique industrielle : a) la nationalisation de firmes et la création dentreprises publiques ; b) limplantation dune politique dachats préférentiels pour les entreprises situées sur le territoire ; c) la participation gouvernementale au capital-actions de nouvelles entreprises ; d) le partage de risques avec des firmes énergivores ; e) le versement de subventions à des activités particulières ; f) loctroi de dépenses fiscales pour favoriser la capitalisation des firmes et des activités jugées névralgiques et g) le crédit dimpôt à la recherche et au développement (R-D) basés sur les salaires. Grossman (1990) analyse dans une recherche méthodique les imperfections supposées du marché du capital. Il en déduit que lhypothèse est sans fondements et que le gouvernement ne peut posséder, même dans les meilleures circonstances, autant dinformation que les firmes prêteuses du marché du capital. Ses recommandations générales sont les suivantes : en premier lieu, il faut prendre avec un grain de sel les allégations dinefficacité du marché du capital. «Les pouvoirs publics doivent donc faire preuve de la plus grande prudence lorsquils cherchent à compenser certaines imperfections apparentes des marchés des capitaux» (Grossman 1990 : 126 ) ; deuxièmement, les subventions aux entreprises de haute technologie impliquent lanalyse individuelle de chaque situation, puisque les arguments invoqués ne peuvent se généraliser : «Ces arguments ne sont pas dapplication générale, et on ne peut pas considérer que les conditions nécessaires aux bons choix soient satisfaites dans la majorité des cas concernant les entreprises de haute technologie» (Grossman 1990, : 130 ). Finalement, comme les recherches empiriques montrent que le coût économique du système fiscal québécois est très élevé, la prudence est de mise en matière de subvention. «On est donc conduit à penser que quil convient de faire preuve de prudence dans loctroi de subventions» ( Grossman 1990 : 131 ). Les initiatives gouvernementales Considérons maintenant les programmes institués par le gouvernement du Parti québécois au cours de son présent mandat. Nous ne retenons que quatre programmes qui sont représentatifs du contenu de sa politique industrielle : le plan Paillé, laide fiscale à la recherche et au développement ( R-D ), le chantier maritime de Lauzon et les fonds ouvriers de capital de risque. Plan Paillé Dès la prise du pouvoir, le nouveau gouvernement abandonne la stratégie «des grappes industrielles» adoptée par le précédent gouvernement libéral dont lobjectif était de favoriser, par la concertation, la formation dalliances stratégiques entre des entreprises dun même secteur ; environ 15 secteurs étaient privilégiés. Le nouveau gouvernement lui substitue le plan Paillé dont le rôle est de subventionner le capital nécessaire au démarrage dentreprises. La mise de fonds public viserait à suppléer aux déficiences qui retiendraient actuellement les petits entrepreneurs de lancer une affaire. Le gouvernement investit alors 300 millions pour le démarrage dentreprises qui, aux dires du gouvernement, créeraient 50 000 emplois en trois ans. Tout entrepreneur doté dun projet prometteur peut alors obtenir un prêt garanti de 50 000 $ des institutions financières participantes qui approuvent le plan daffaires. La Société de développement industriel (SDI) en garantit 90 % et elle assume les réclamations dans les cas de rappels de prêts. Selon le ministre qui a conçu la nouvelle politique industrielle, le programme dinvestissements en démarrage dentreprises représente le meilleur moyen «de mieux cibler les créneaux où le Québec a plus de chances de réussir» (Le Devoir, 1994i ). Ce nouveau plan se vend comme des petits pains et les entrepreneurs riches didées novatrices multiplient les demandes. Après sept mois, le gouvernement annonce que «le bilan sélève à 33 000 emplois et à 600 millions dinvestissements dans 6 300 nouvelles entreprises» (Le Soleil, 1995l). Le gouvernement ajoute alors un second volet à son programme, en y introduisant des restrictions au niveau des garanties pour diminuer la demande de fonds public. Au bout dune année complète, les autorités politiques clament, devant ce succès inespéré, que «plus de 9 300 entreprises ont bénéficié dun prêt garanti par la SDI pour un total de près de 355 millions en garanties approuvées. Ces démarrages dentreprises ont généré 853 millions dinvestissements dans léconomie québécoise et devraient se traduire par la création de 48 500 emplois» (La Presse, 1995h ). Évaluation du plan Paillé La seule évaluation existante de la politique industrielle provient du Vérificateur général du Québec (1997). Il remet les pendules à lheure en affirmant «quil est fort improbable que les 54 000 emplois prévus daprès les demandes de financement relatives au programme deviennent réalité et que le nombre demplois prévus à long terme serait plutôt denviron 19 000 après huit ans» ( :139). Ce chiffre représente une valeur nette qui résulte de la prise en considération des fermetures actuelles dentreprises, de celles qui se produiront au cours des prochaines années et du déplacement demplois suscité par les subventions. Et pourtant, il nest pas exagéré daffirmer que les calculs du Vérificateur général surestiment les emplois créés par le plan Paillé, puisque de nombreuses firmes, bénéficiaires de subventions de ce genre, auraient créé les mêmes emplois sans subvention. Les expériences des provinces maritimes, qui ont développé des programmes semblables dans le passé, laissent clairement supposer que le nombre demplois créés pourrait atteindre, non pas 19 000, mais un nombre inférieur qui se situerait entre 50 % à 70 % des emplois mentionnés. Le Vérificateur général invoque deux raisons pour le taux élevé déchecs des entreprises participant au programme : la première est que le plan Paillé était ouvert à toutes les petites firmes, alors quil ne devait pas lêtre ( : 137) et la seconde «quune institution financière peut autoriser un prêt comportant un risque de défaut élevé en étant peu sélective dans lanalyse du dossier si le risque de perte est faible en raison de limportance des garanties» ( : 141). Comme la garantie gouvernementale assure aux institutions financières des pertes connues et limitées, celles-ci sont dissuadées dacquérir linformation nécessaire sur la validité financière des plans daffaires soumis par les candidats. Doù la conclusion du Vérificateur que «plus la portion du prêt garanti par le gouvernement par rapport au financement total est importante, plus le taux déchec est élevé» ( : 142). Ainsi, le plan Paillé amène les institutions financières à laisser de côté lexpertise économique et la faculté analytique quelles utilisent couramment pour distinguer les bons investissements des mauvais. Une économie na jamais progressé ou ne sest jamais enrichie en imposant des illères aux spécialistes dont le rôle est de gérer et dassumer les risques. Il y a quelques années, on a imposé des illères de ce genre à des institutions financières américaines et il en est résulté une perte estimée à 160 milliards «savings and loans». Compte tenu des échecs aussi retentissants observés de lautre côté de la frontière canadienne, il nexiste aucune excuse pour le gouvernement du Parti québécois de poursuive le plan Paillé. Recherche et développement et fiscalité Il existe une pratique bien établie des gouvernements québécois de consentir aux entreprises qui font de la recherche et du développement, des subventions et des crédits dimpôt fondés sur un pourcentage des salaires versés aux employés. Le gouvernement du Parti québécois persiste dans cette tradition au point que le Québec «est certainement lendroit au monde où laide fiscale à la R-D est la plus élevée» (Lebeau, 1996). De nombreuses études empiriques mesurent la rentabilité pour léconomie dune recherche en R-D en utilisant le ratio des bénéfices sur les coûts. Une valeur égale ou supérieure à lunité indique que laide fiscale est rentable pour la société, tandis quune valeur inférieure à lunité exprime labsence de rentabilité. La mesure empirique la plus répandue se définit comme le rapport des bénéfices dun dollar investi en recherche sur les coûts après les taxes et les impôts de la recherche. La valeur québécoise calculée sétablit à 0,691 et elle se révèle la plus faible au Canada. Ce chiffre signifie que le dollar investi en R-D ne rapporte que 0,691 $ en bénéfices après impôt aux deux paliers de gouvernement. De plus, selon Dagenais et al. (1996) «le transfert fiscal représente environ 75 % du coût de soutien à la recherche pour le gouvernement» pour des dépenses en R-D qui se seraient faites de toute façon. Le rendement de la recherche en R-D est faible du fait que les ressources utilisées par les entreprises participantes, cest-à-dire tous les véritables coûts, sont plus élevées que la valeur des biens et des services produits, cest-à-dire leurs bénéfices. La biotechnologie est lune des activités qui profite le plus des largesses québécoises puisque la province se classe au 10e rang en Amérique du Nord. Les investisseurs invoquent, pour justifier leurs investissements au Québec, labondance de capital de risque affecté à ce secteur, les crédits dimpôt à la R-D et la solide infrastructure de recherche que seraient les centres de recherche et les universités (La Presse, 1997i). Lindustrie du multimédia a récemment profité de ces privilèges (Le Devoir, 1998j). Le gouvernement du Parti québécois continue de subventionner la recherche et le développement, bien que lanalyse des avantages et des coûts révèle que le jeu nen vaut pas la chandelle. Le chantier maritime des Industries Davie Inc. Le gouvernement du Parti québécois a fait preuve de discernement envers le chantier maritime de Lauzon. Il a hérité dun bourbier entretenu et soutenu par les gouvernements précédents. Après que les gouvernements fédéral et provincial ont jeté plus dun milliard dans le gouffre sans fond du chantier depuis 1987, dont au moins 400 millions par le gouvernement québécois aussi bien libéral que du Parti québécois, le gouvernement actuel a finalement vendu le chantier pour un dollar symbolique et sest engagé à injecter 55 millions pour effacer les dettes, dépolluer le site et contribuer aux investissements. Selon les dires du ministre de lIndustrie du temps, «le choix de léquipe Marengère était le meilleur pour assurer un rayonnement international de la MIL Davie et protéger le millier demplois» (Le Devoir, 1998k). Dix-sept mois plus tard, le syndicat des employés et le conglomérat propriétaire demandent une garantie demprunt dun demi-milliard pour sauver le chantier. Le gouvernement a refusé dacquiescer «parce que le risque est trop grand pour les contribuables» (Le Devoir, 1998l). Les décisions prises par les différents gouvernements québécois étaient fondées sur des considérations politiques, cest-à-dire sur la survie du chantier pour protéger des emplois. Un entrepreneur aurait rapidement mis fin à lhémorragie en déposant son bilan en raison de limpossibilité de concurrencer efficacement les producteurs asiatiques. Le cas illustre la différence dhorizon entre les politiciens, dont les préoccupations sont à court terme : la durée de leur mandat, et qui sont prêts à investir des fonds excessifs pour favoriser leur réélection et les entrepreneurs dautre part qui ajoutent à leurs investissements lorsquils réalisent des profits et qui déposent le bilan ou changent dindustrie lorsquils prennent conscience de limpossibilité de concurrencer efficacement les autres entreprises. La décision du présent gouvernement de refuser de laide supplémentaire mérite admiration. Le déclin de certaines activités économiques constitue un phénomène naturel du processus de développement économique. Si les gouvernements avaient essayé de freiner la restructuration des fermes à la fin du XIXe siècle, la majorité dentre nous serions encore à cultiver la terre et à en récolter le produit avec une faux. Les gouvernements doivent accepter que des entreprises périclitent pour ainsi libérer les talents en faveur dautres secteurs qui en ont un plus grand besoin. Le déplacement de ressources humaines dun secteur à lautre prend du temps et entraîne des mécanismes dajustement. La meilleure façon de faciliter lajustement nest pas de le freiner, mais plutôt de créer un marché du travail qui minimise les obstacles à la création de nouveaux emplois. Une politique industrielle judicieuse cherche à faciliter ces ajustements par le fonctionnement dun marché du travail flexible. À cet égard, la performance du gouvernement du Parti québécois en matière de flexibilité du marché du travail laisse grandement à désirer. Cependant, il a au moins reconnu, dans le cas du chantier maritime, quil était temps den finir avec cette hémorragie. Le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec Le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FSTQ) constitue un instrument central de la politique industrielle du gouvernement du Parti québécois, si on le compare au gouvernement précédent. Il fait partie des dépenses fiscales introduites au cours de la période 1976-1983 par le précédent gouvernement du Parti québécois pour favoriser la capitalisation des entreprises québécoises. On prétendait, à lépoque, que lexistence dimperfections du marché du capital empêchait les Québécois de lancer une affaire. Actif depuis 1984, le fonds ouvrier dinvestissement en capital de risque, jouit dun monopole de droit jusquen 1996. Il devient admissible à des crédits dimpôt provincial et fédéral qui représentent 40 % du montant investi jusquà concurrence dun crédit total de 1 000 $ par an. Sajoute aussi un crédit supplémentaire sil est déposé dans le régime dépargne-retraite de linvestisseur. Le placement de ses fonds est limité au Québec. Loin daider la société québécoise, cette formule conduit à son appauvrissement. Le gouvernement camoufle à linvestisseur la vraie faiblesse de son investissement. Le seul argument qui puisse justifier un tel programme serait quil existe des millions de débouchés québécois, à des taux de rendement fantastiques, que, pour des motifs inconnus, les investisseurs privés ignoreraient Ce point de vue trouve peu dappui dans les cercles économiques sérieux.
Évaluation externe Une étude de Suret (1994, : 153-156) montre que le coût total de la dépense fiscale, aussi bien sa composante fiscale sous forme de réductions dimpôt consenties par les deux paliers de gouvernement que la composante économique, cest-à-dire le coût excédentaire de la dépense fiscale, sélève à près de 600 millions pour la période 1986-1992. Autrement dit, chaque dollar supplémentaire de capitalisation au fonds de capital de risque coûte 3, 37 $ à la société, dont 3,24 $ aux deux ministères du Revenu. Quant au volet création demplois dont les dirigeants font état pour rationaliser le faible taux de rendement, une étude économétrique (Vaillancourt et al. 1997, : 651-654) indique, pour la période 1970-1992, que les investissements du fonds ouvrier nont pas eu dincidence significative sur la création demplois. Selon les mêmes auteurs, lentreprise bénéficiaire des investissements maintient ses emplois, mais limpact se révèle nul au niveau du secteur ou de lindustrie en raison des déplacements demploi entre les entreprises. Suret (1994 : 144) conclut que «lintervention nest pas nécessaire, car le Québec ne soufre pas dun déficit en ce qui concerne loffre de capital-risque». Sur la base dun sondage auprès dentreprises, Suret ajoute que les entreprises ne demandent pas de tels programmes, mais réclament plutôt que le gouvernement réduise ses initiatives sur le marché du travail et diminue la fiscalité en général. On conclut que le gouvernement du Parti québécois suscite des inefficacités économiques relativement à lOntario, en privilégiant cette modalité qui coûte cher aux contribuables québécois. Vaillancourt et al. (1997 : 637) affirme en effet quil nexiste pas à proprement dit de fonds de capital de risque de travailleurs en Ontario dans la mesure où ceux qui sont en opération sont étroitement liés à des sociétés privées de capital de risque. Évaluation Les coûts supportés par les contribuables qui financent la politique industrielle par leurs impôts alourdis sont supérieurs aux bénéfices, difficiles à déceler. Qui plus est, le gouvernement actuel se révèle incapable dévaluer le résultat des subventions consenties à ses différents programmes. Par exemple, le Vérificateur général (1997 : 139) écrit que «ni la SDI ni le MICST[ ministère de lIndustrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie] nont mesuré le nombre demplois réellement créés par les entreprises qui ont bénéficié du programme. Par conséquent, il est impossible de savoir si les prévisions à ce sujet se sont concrétisées». Comme le suggère K. Palda (1994 : 104), on pourrait mesurer limpact de laide à la R-D en dénombrant «les brevets obtenus par les entreprises bénéficiant de subventions, lamélioration de la productivité ou simplement en dénombrant les innovations comme on la fait aux États-Unis». Comme le veut la pratique gouvernementale universelle, le gouvernement du Parti québécois estime que les sommes effectivement dépensées font la preuve que le programme a bien fonctionné. La seule note quil convient dattribuer est C-. Nous nattribuons pas un D, parce que les autres provinces canadiennes adoptent un comportement semblable et que le gouvernement du Parti québécois a au moins résisté à la tentation de sauver le chantier naval et quil a comprimé les dépenses fiscales des deux fonds ouvriers de capital de risque. Malheureusement, la diminution na été que temporaire. Nous jugeons troublant que le gouvernement du Parti québécois, semblable en cela à tous les gouvernements dont les programmes ont été passés au crible dans les revues scientifiques, se soucie peu délaborer des mesures de lefficacité de ses interventions. Comme il ne diffère pas des autres administrations en matière de politique industrielle, il est naturel de remettre en cause loriginalité de sa démarche. Il ferait donc la promotion dintérêts particuliers en prétendant connaître mieux queux ce qui est bon pour les citoyens, sans jamais les consulter dailleurs. Loption à retenir pour le gouvernement du Parti québécois serait doffrir aux entreprises ce dont elles ont besoin pour prospérer : un climat de certitude en matière de fiscalité en général, un faible niveau de taxation, de subventions et de réglementations. Ces solutions ne sont pas séduisantes, elles ne donnent pas au gouvernement le sentiment dêtre en charge. Il reste que les États-Unis, qui nont pas de politique industrielle, comptent le plus grand nombre de centres de recherche de haute technologie (Silicone Valley, Minnesota et le triangle de recherche du sud).
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