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6. LA POLITIQUE DE MAIN-D’ŒUVRE ET D’EMPLOI

De nombreuses analyses du marché du travail révèlent que l’emploi croît plus vite lorsque la concurrence détermine le niveau de rémunération des travailleurs que lorsque ce sont des interventions gouvernementales qui le fixent. Ainsi, deux études américaines, Bennett (1997) et Kendrick (1997), montrent que la croissance de l’emploi dans les secteurs industriels est, en moyenne, de 33 % plus élevée dans les états américains dont le marché du travail n’est pas réglementé que dans les états voisins qui l’assujettissent à des contraintes de toutes sortes. Une autre étude, cette fois-ci de la Nouvelle-Zélande (Kasper, 1997) estime statistiquement que le produit intérieur brut s’est accrû de 15 % en trois ans, à la suite de la libéralisation du marché du travail. Or, ce taux de croissance correspond à celui réalisé de 1974 à 1984.

Le marché du travail est le cœur d’une économie forte et performante. C’est dans ce domaine précis que le gouvernement du Parti québécois semble résister le plus fortement au progrès et à l’innovation. Ses programmes créent du chômage et limitent les choix des travailleurs. Il en résulte que les différentes composantes du marché du travail deviennent sclérosées en ce que l’inertie est érigée en système. Pour comprendre en quoi les initiatives du gouvernement du Parti québécois sont source de rigidité, il faut expliquer la dynamique du fonctionnement du marché du travail.

Le marché du travail, comme tout autre marché, se caractérise par une demande et une offre. La première s’exprime par les entreprises à la recherche de main-d’œuvre qu’elles combinent avec d’autres facteurs de production pour produire un bien ou un service donné. La demande de travailleurs est fonction inverse de la rémunération réelle et fonction positive de la contribution des travailleurs à la production, pour un niveau donné de capital et des autres entrées. L’offre de services productifs par les travailleurs est naturellement fonction positive de la rémunération réelle. Il faut bien saisir que les travailleurs font des choix comme des personnes rationnelles. Ils exercent un métier ou ils occupent une fonction donnée qui va leur permettre de se réaliser. Ils ne sont pas des toupies qui nécessitent d’être remontées régulièrement et d’être encadrées. Ainsi, une rémunération plus élevée, qui incite les travailleurs à accroître le nombre d’heures travaillées, s’accompagne d’un sacrifice de leur part, soit la diminution des heures de loisir. La possibilité subsiste toujours, principalement pour des rémunérations fort élevées, qu’un employé préfère s’abstenir de travailler davantage et profiter plutôt d’heures supplémentaires de loisir. Un marché efficace du travail permet ainsi aux parties de procéder à des ententes où les travailleurs offrent en toute liberté leur capital humain en retour d’une rémunération réelle qui reflète leur productivité. Semblable marché fluide, en diffusant de l’information aux deux parties, coordonne les agents et incite autant les travailleurs à se diriger vers les secteurs qui les revalorisent le plus que les entreprises à faire des choix de méthodes de production moins coûteuses pour rester concurrentielles (Migué, 1994b ).

Cependant, ce mécanisme se disloque et perd ses vertus lorsque le gouvernement introduit des mesures comme les normes rigides de santé et de sécurité au travail, le salaire minimum, les préavis de licenciement et l’équité salariale. Les conséquences s’expriment par une augmentation de la rémunération réelle qui se trouve ainsi dissociée de la productivité des travailleurs. Il se crée alors une offre excédentaire de main-d’œuvre par rapport aux besoins des entreprises. Comme le nouvel équilibre atteint n’épuise pas tous les gains à l’échange entre les parties, il se développe des inefficacités économiques qui se propagent longtemps et affectent toute l’économie. En effet, les entreprises remplacent leur main-d’œuvre par de la machinerie, certaines font faillite, le nombre des emplois diminue ou il croît moins vite, le capital humain des travailleurs en chômage se détériore s’ils dépendent trop longtemps de l’assurance-emploi et de la sécurité sociale, le travail noir se développe, les dépenses publiques augmentent en raison des paiements de transferts et les taxes et les impôts montent à leur tour. Cercle vicieux aussi bien pour ceux qui le subissent que pour ceux qui en assument les coûts. Examinons donc les diverses initiatives prises par le gouvernement du Parti québécois pour contrôler et réduire ces rigidités qui contraignent la croissance de l’emploi.

Le Salaire minimum

En cette matière comme partout ailleurs dans l’économie québécoise, il existe de fortes tendances à la centralisation du marché du travail. Le corporatisme à l’européenne, qui regroupe des partenaires aussi disparates que les grandes entreprises, les syndicats de toute allégeance et le gouvernement, n’épargne pas le marché du travail de ses affres. Le salaire minimum constitue un exemple de cette sorte de distorsions. Le salaire minimum élève le prix de la main-d’œuvre au-delà de la productivité des travailleurs les moins qualifiés, les plus jeunes et les moins expérimentés. Quand le prix d’un facteur de production augmente, sa demande diminue parce que les firmes sont amenées à modifier leur façon de faire. Le salaire minimum est ainsi synonyme, au Canada comme aux Etats-Unis, de chômage chez ceux qui ont besoin d’acquérir l’expérience initiale et de développer des habitudes favorables à l’emploi stable, les jeunes. Il est tout de même intéressant d’observer que les syndicats ouvriers, dont les membres sont directement menacés par la concurrence des ouvriers non syndiqués plus efficaces, sont parmi les plus fervents partisans des hausses du salaire minimum.

Pour évaluer l’effet négatif du salaire minimum sur l’emploi, il faut trouver le lien entre le salaire minimum et la productivité de la main-d’œuvre. Ainsi, le ratio du salaire minimum par rapport au produit intérieur brut provincial par habitant (PIB) fournit un indicateur de l’importance relative du salaire minimum, dans la mesure où le PIB par habitant constitue la mesure approximative de la productivité moyenne. Le tableau 8 montre que cet indice québécois s’accroît jusqu’en 1996, c’est-à-dire que le salaire minimum augmente relativement plus vite que la productivité moyenne québécoise, tandis que celui de l’Ontario diminue légèrement depuis 1994. Les deux autres colonnes du même tableau présente l’évolution des chômeurs du sous-groupe des jeunes âgés entre 15 et 24 ans. Le nombre de chômeurs demeure relativement stable ou monte légèrement au Québec pendant que celui des jeunes Ontariens diminue jusqu’en 1996. Cette tendance défavorable au Québec est le résultat du ralentissement du taux de croissance du produit intérieur brut québécois (PIB). Or, une telle baisse accroît effectivement le salaire minimum parce qu’il faut maintenant payer plus cher pour produire moins. Le gouvernement ne peut s’en laver les mains. Il aurait dû diminuer le salaire minimum pour faire face au ralentissement économique. Mais il a décrété une hausse du salaire minimum de 10 cents en 1997. En fait, le salaire minimum augmente à nouveau de 10 cents durant l’automne de 1998 pour devenir supérieur à celui de l’Ontario.

Tableau 8
Comparaison de la valeur relative du salaire minimum par rapport au produit intérieur
brut par habitant du Québec et de l’Ontario, de 1989 à 1997

 

Québec

Ontario

Année

Chômage 15-24

Indice québécois

Chômage 15-24

Indice ontarien

1989

85,9

46,9

89,2

36,7

1993

107

52,4

173,2

47,5

1994

99,5

52,3

155,3

48,7

1995

92,9

54,7

142,3

48,4

1996

104,7

56,4

143,3

47,7

1997

107,3

54,9

154,8

45,9

Source  Statistique Canada, Statistique chronologique sur la population active, 1998. Catalogue 71-201-XPB p.146 et 167 et Armin et al. (1998). Provincial Economic Freedom Index : 39.

Les monopoles syndicaux

Les syndicats constituent une composante vitale et importante de l’économie. Ils sont une forme d’organismes tout comme les entreprises et les associations sans but lucratif. Les organismes de ce genre servent leurs membres en découvrant et en mettant sous une forme quelconque les préoccupations et les intérêts des travailleurs et aussi en jouant le rôle d’intermédiaires pour diffuser les idées des travailleurs sur le développement de méthodes efficaces de production. Ces bénéfices prennent tout leur sens dans un milieu concurrentiel où les syndicats doivent convaincre les membres d’adhérer à l’organisme. Quand le gouvernement accorde aux syndicats des pouvoirs de coercition comme la syndicalisation obligatoire et l’obligation qu’ont les entreprises de percevoir les cotisations syndicales, on observe alors les mêmes abus que ceux d’un monopole à l’égard de ses clients.

Les syndicats québécois sont particulièrement bien ancrés et puissants. Le taux québécois de syndicalisation est très élevé, 41,8 % en 1996, surtout si on le compare aux taux américain et canadien qui sont respectivement de 14,9 % et de 33,9 % (Ministère du travail, 1997a). Les lois relatives au travail sont très favorables à la syndicalisation, puisque 71,6 % des requêtes en accréditation syndicale reçues ont été accordées par le Bureau du commissaire général du travail pour la période allant de 1987-1988 à 1996-1997 (Ministère du Travail, 1997b ). La syndicalisation est évidemment plus marquée dans le secteur public, 71,8 % en 1996, que dans le milieu des affaires, 29,0 % pour la même année. Toutefois, elle est à la baisse depuis quelques années, étant de l’ordre de 48,5 % en 1991. Cette baisse tendancielle de la syndicalisation est plus lente au Québec que celle observée aux États-Unis et au Canada. Par ailleurs, la syndicalisation est obligatoire dans l’industrie de la construction et la mobilité des travailleurs syndiqués y est limitée à un territoire particulier. Par exemple, un menuisier, qui appartient à un syndicat de la région de Québec, ne peut travailler dans une autre région, comme à Montréal, par exemple.

Il y a lieu de croire que ces restrictions exercent un impact négatif sur l’économie. Les expériences étrangères (Mihlar, 1997) en la matière révèlent que la libéralisation du marché du travail par l’élimination des privilèges consentis aux syndicats et celle de l’obligation d’adhérer à un syndicat et la protection des droits individuels de négocier soi-même son propre contrat de travail entraîne une baisse du chômage importante. Par exemple, l’Angleterre a vu son taux de chômage diminuer de 13,5 % en 1984 à 7,4 % en 1996 et la Nouvelle-Zélande de 10,3 % en 1991 à 5,9 % en 1996. Il existe aussi une loi québécoise dite «anti-briseur de grève» qui empêche un employeur de recourir à des travailleurs extérieurs à l’occasion d’une grève. Fait à souligner, la première mesure adoptée par le gouvernement conservateur ontarien a été d’abroger une loi de même nature promulguée par le précédent gouvernement.

L’article 45 du Code du travail du Québec, qui protégeait initialement l’accréditation syndicale et la continuité de la convention collective en cas de transfert de droit de propriété, (par exemple une vente), s’est étendu depuis le début des années 1980 aux cas de la sous-traitance ou d’impartition. Une entreprise ne peut se départir d’une activité de production, même si une autre firme, plus spécialisée, est en mesure de le faire à moindre coût. La grande chaîne d’alimentation Métro-Richelieu Inc. s’est vue obligée, en 1997, après une saga judiciaire de cinq ans, de reprendre les chauffeurs de camion, même si les transporteurs spécialisés étaient plus efficaces que ses employés. De plus, la facture s’est révélée très élevée, une vingtaine de millions de dollars. Il est aussi plus difficile au Québec, en raison du préavis de licenciement, et plus coûteux en termes d’indemnités monétaires pour un employeur de congédier des employés, individuellement ou par des mises à pied collectives, que dans les autres provinces canadiennes. Par exemple, une personne congédiée peut porter plainte à la Commission des normes du travail et prétendre que son congédiement est survenu sans cause juste et suffisante. L’employeur doit embaucher un avocat tandis que les frais de la personne licenciée sont assumés par le financement des employeurs. Bref, les entreprises deviennent réticentes à embaucher du personnel puisqu’il est difficile de congédier un employé pour des motifs valables.

Ces lois empêchent les travailleurs efficaces, mais non syndiqués, d’offrir leurs services aux entreprises. Les mesures protectionnistes concédées par les gouvernements aux syndicats introduisent des rigidités dans le marché du travail, réduisent la croissance de la productivité, diminuent les profits, entraînent mois d’investissements en capital physique et en recherche et développement (R-D) et réduisent la croissance de l’emploi. Hirsch (1997) montre empiriquement que le taux de croissance des entreprises manufacturières et non manufacturières syndiquées canadiennes sont respectivement inférieurs de 3,7 % et de 3,9 % à celui des firmes non syndiquées.

On ne peut parler vraiment d’amorces du gouvernement du Parti québécois pour libéraliser le marché du travail. Cette absence se révèle d’autant plus importante en raison des initiatives du gouvernement ontarien pour infléchir les pouvoirs dont disposent les syndicats pour restreindre la concurrence entre les travailleurs. Les intentions bien établies du gouvernement de l’Ontario de procéder à une réforme de son code du travail se distinguent d’une façon contrastante avec l’immobilisme québécois. À moins que le gouvernement du Parti québécois n’agisse avec diligence, l’économie rassemblera à celle des pays européens dans lesquels la rigidité du marché du travail engendre un taux de chômage largement supérieur à 10 pour cent, alors que l’économie ontarienne se rapproche des caractéristiques de l’économie américaine par des créations d’emplois plus soutenues.

Taxes et subventions

Les taxes québécoises sur la masse salariale sont supérieures, soit de 13,40 % relativement à 11,86 % en Ontario en 1994 (De Matteo et Shannon, 1995). Pour l’année 1998, les taxes sur la masse salariale s’établissent à 14,40 % au Québec, alors que celles de l’Ontario diminuent en raison des exemptions graduelles consenties aux petites firmes lors des budgets de 1996-97 et de 1998-99. Le gouvernement du Parti québécois imite alors l’initiative, lors du budget 1998-99, avec des réductions graduelles de la taxe sur la masse salariale pour les entreprises dont la masse salariale est inférieure à 5 millions. La baisse deviendra effective en 1999 et en 2000. Toute diminution des taxes sur la masse salariale ne peut qu’être la bienvenue. Dans une récente enquête sur le Canada, l’OCDE a montré que les taxes sur la masse salariale détruisaient l’emploi. L’initiative du gouvernement du Parti québécois est malvenue en ce qu’elle concentre ses réductions sur les petites et moyennes entreprises. Le gouvernement ne devrait accorder de mesure fiscale spéciale à un secteur d’activité que s’il croit que le marché n’a pas perçu une occasion évidente de profits et d’expansion. Le gouvernement du Parti québécois peut-il vraiment croire qu’il connaît mieux que quiconque les secteurs économiques qui ont besoin de stimulation ? Si les gestionnaires professionnels les plus doués de l’ex-Union soviétique ne pouvaient assurer la croissance du pays en choisissant un secteur à la place d’un autre, pourquoi le gouvernement du Parti québécois croit-il que ses chances sont supérieures ? Nous reviendrons sur ce thème plus loin dans la section sur la politique industrielle.

Du côté des différents programmes de subventions à l’emploi, les uns sont destinés aux prestataires de la sécurité sociale pour leur faciliter l’accès au marché du travail, sans pertes pécuniaires par rapport à leur ancien statut, alors que les autres prévoient des allocations aux entreprises qui créent des emplois (PAIE et APPORT parmi d’autres). Voici une brève liste de ces mesures, extraites des différents budgets : crédits d’impôt pour les stages en entreprise, allègement de la réglementation, congé fiscal du Fonds des services de santé, garantie de prêts par la Société de développement industriel (SDI), subventions à l’exportation, prise en charge des intérêts et des subventions à l’économie sociale.

Les recherches empiriques montrent que les mesures qui subventionnent la création d’emplois n’obtiennent pas le succès anticipé. De deux choses l’une : soit les emplois ainsi créés provoquent la perte d'emplois d’autres travailleurs au service d’entreprises qui ont fait faillite, en conséquence des versements de subvention (Gera, 1988), soit les entreprises auraient probablement investi de toute façon, même sans subvention. De plus, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) révèle que de telles mesures occasionnent des coûts d’inefficacité économique importants : «D’après les évaluations qui ont été faites, la plupart des aides à l’embauche se traduisent par d’importantes pertes sèches, en d’autres termes de nombreux emplois subventionnés auraient été créés de toute façon. Dans bien des cas, ces programmes n’ont permis de créer que près de 20 pour cent d’emplois subventionnés. Ils sont donc beaucoup plus coûteux par rapport à leur effet quantitatif net que les dépenses par travailleur ne le donneraient à penser» (OCDE, 1990 : 51).

Équité salariale

Le débat sur l’équité salariale porte sur deux faits bien précis : a) l’existence d’un écart de rémunération entre les hommes et les femmes qui se rétrécit lentement. Il est de 26 % en 1995; b) les femmes se retrouvent dans des secteurs et des occupations souvent moins bien rémunérés (Migué, 1994b : 46-54). Or, il s’avère que cet écart n’est pas imputable à la discrimination, comme le veut la pensée conventionnelle, mais bien à des différences de productivité marchande. Certaines études statistiques, que nous jugeons de bonne qualité en cette matière, font voir qu’une fois «les salaires normalisés en fonction des différentes caractéristiques, et de l’emploi et du travailleur, l’écart résiduel est faible, sinon inexistant» (Migué, 1994b : 56). Au départ, les tenants de l’équité salariale réclamaient un salaire égal pour un travail égal. Au fil des ans, comme il devenait évident que la politique d’un salaire égal pour un travail égal devenait bien établie, leur argumentation a glissé en faveur du salaire égal pour un travail équivalent ou de valeur égale. La déclaration de M. Clément Godbout, président de la Fédération des travailleurs du Québec, lors du jugement d’un tribunal des droits de la personne qui faisait des 200 000 fonctionnaires fédéraux des victimes « d’iniquités salariales », reflète bien l’état de la nouvelle situation : «On vient de dire aux entreprises et à la société que, dans notre pays, l’équité est un droit. Que ce n’est pas normal qu’une secrétaire gagne 20 000 $ par année quand un camionneur qui n’assume pas plus de responsabilités en gagne 30 000 $» (La Presse, 1998f).

Le danger des lois sur l’équité salariale est semblable à celui de la loi sur le salaire minimum. Si le gouvernement commence à fixer les salaires pour les entreprises et que ceux-ci sont trop élevés, les entreprises réduiront l’embauche de cette catégorie de travailleuses visées. Il va s’ensuivre du chômage pour ces dernières. Pour empêcher les entreprises d’agir ainsi, le gouvernement devra alors augmenter leur présence sur le marché du travail en mettant en place une politique de quotas. Ces mesures vont éventuellement se répercuter sur quelques-unes des travailleuses, alors que l’intention initiale de la loi était justement de les aider. La meilleure façon de combattre la discrimination, quand elle existe vraiment, est l’introduction de la concurrence.

Plusieurs faits et événements tirés de la vie américaine appuient ces nombreuses intuitions sur la discrimination et sur la concurrence. Durant les années 1950, les industries américaines non réglementées embauchaient deux fois plus d’Américains de religion juive, détenteurs de MBA de Harvard, que les industries soumises à une réglementation. Au baseball et par la suite dans tous les autres sports d’équipe, le régime des agents libres a incité les propriétaires à la concurrence pour attirer les meilleurs joueurs. Les enchères ont presque totalement réduit l’écart salarial entre les joueurs blancs et noirs dont les talents étaient semblables. Dans l’industrie bancaire, la diminution de la concurrence a entraîné une baisse de l’emploi des femmes relativement aux hommes. L’expérience américaine suggère que l’équité salariale a accru la rémunération des femmes et qu’elle a réduit le nombre d’emplois disponibles. La perte d’emplois est le côté obscur et désagréable des décisions des tribunaux en matière d’équité salariale, dans leur empressement à rendre justice.

Quant à la loi québécoise sur l’équité salariale qui a été promulguée en 1997, elle est pro-active en ce que sa mise en œuvre se fait même en l’absence de plainte de discrimination. Elle innove par le caractère largement universel du champ d’application. Bref, elle force les entreprises privées à agir immédiatement en exigeant qu’elles comblent tout écart salarial injustifié d’ici 2001. L’incertitude pour le secteur privé ne peut que s’amplifier en raison des précédents observés dans le secteur public. Car, une variante de cette philosophie s’applique presque déjà intégralement dans la fonction publique québécoise, puisque certaines conventions collectives des employés du secteur contenaient des clauses à cet effet. Depuis 1993, le gouvernement québécois a versé plus de 2 milliards pour corriger les «dites discriminations salariales». Les différents syndicats du secteur public affiliés aux trois centrales syndicales se préparent actuellement pour que le gouvernement réduise l’écart salarial entre ses employés masculins et les enseignantes, les infirmières, des employés de soutien des réseaux de la santé et de l’éducation et des professionnelles de la santé. (Le Soleil, 1998f). Ces initiatives des syndicats du secteur public risquent d’occasionner les conséquences négatives suivantes : En majorant la rémunération de certains employés du secteur public, le gouvernement encourage les travailleuses du secteur privé à concourir pour les emplois. Cette démarche hausse les salaires de ce genre d’emploi dans le secteur privé. Comme les rémunérations du secteur public seront plus élevées pour certains types d’emploi, la même erreur se reproduira dans le secteur privé. La seconde conséquence négative est que les programmes gouvernementaux en matière d’équité salariale peuvent pousser les travailleuses du secteur privé à exercer des pressions pour obtenir les mêmes privilèges. Cela découragera les entrepreneurs à lancer une affaire ou à prendre de l’expansion et conduira à une chute de l’emploi (Eyraud, 1993).

La formation de la main- d’œuvre

Le gouvernement du Parti québécois a voté une loi, Loi favorisant le développement de la formation de la main-d’œuvre, qui oblige les entreprises à dépenser un pour cent de leur masse salariale pour la formation de la main-d’œuvre. Les entreprises qui ne voient pas de justification à cette mesure doivent verser la somme non dépensée au Fonds national de formation de la main-d’œuvre. Ce fonds a perçu 9 millions en 1996 et environ 17 millions en 1997.

Il convient de préciser le contexte général de la formation en cours d’emploi. Tout employé, un apprenti par exemple, assume généralement les coûts de la formation générale qu’il reçoit sous la forme d’une rémunération inférieure parce que son capital humain s’accroît et qu’il peut l’utiliser ultérieurement ailleurs. Quant à la formation spécifique à une entreprise, l’entreprise seule en assume les coûts parce qu’elle seule en profite, l’employé ne pouvant pas l’utiliser à l’extérieur de la firme. Or, les entreprises dont la production requiert une dextérité et une expertise particulières offrent déjà la formation pour répondre à leurs besoins. Kapsalis (1993) montre que les entreprises canadiennes se situent au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, lorsqu’il s’agit de formation de la main-d’œuvre. Les principales conclusions de sa recherche sont les suivantes : a) «employers provide more training to their employees than has been estimated in the past» ; b) «compared to other OECD countries, the new Adult Education and Training Survey (AETS) estimates are fairly high» ; c) «the vast majority of employees do not perceive that they face a serious training accessibility problem» ; d) «Canadian employees benefit from an education system that by any conventional standard is the most accessible in th OECD» et f) «there appears to be no major differences in the accessibility to training by gender, level of education, and other employee characteristic». D’où la non-pertinence de la loi en vigueur.

La seule justification de cette obligation serait l’existence d’une certaine forme d’économie externe, qui ferait que la formation serait transférable ailleurs lorsque les travailleurs se déplacent au cours de leur vie professionnelle. Cette conclusion reviendrait à dire que l’école publique n’a pas fait ce qu’elle devait faire et que les entreprises doivent prendre le relais. Un indice que les firmes québécoises et canadiennes doivent compenser les lacunes du système d’éducation primaire et secondaire se trouve dans le fort pourcentage d’analphabétisme de la population adulte canadienne (OCDE, 1996 : 100). Par ailleurs, l’insuccès des programmes de formation de la main-d’œuvre découle foncièrement du fait que beaucoup de Québécois ne possèdent pas un ensemble de connaissances acquises et d’habilités nécessaires à devenir opérationnels sur le marché du travail. Plutôt que d’investir comme on le fait actuellement, il faut repenser le système d’éducation en introduisant de la concurrence pour contrer les effets pervers du monopole public existant (Mihlar et Smith, 1997).

Évaluation

L’évaluation de ces programmes appelle au préalable certaines considérations qui se dégagent de l’analyse précédente. Il est difficile de contester que les nombreuses interventions précédemment mentionnées engendrent des rigidités qui se traduisent par un taux de chômage québécois élevé relativement à celui de l’Ontario et une plus faible création d’emplois. Nombre de ces initiatives sont contradictoires en ce que le gouvernement augmente le salaire minimum et réduit ainsi l’emploi chez les jeunes d’un côté et que de l’autre, il verse des subventions pour favoriser l’emploi de jeunes dont la formation et l’expérience sont déficientes. L’accroissement des taxes sur la masse salariale, qui comportent des plafonds aux contributions des entreprises, les incite, en plus de recourir à de nouvelles technologies, à recourir au surtemps plutôt que d’embaucher des travailleurs supplémentaires : la raison est que le coût à la marge de tout nouvel employé est trop élevé. La dépense obligatoire de 1 % de la masse salariale constitue une autre distorsion dans un marché déjà marqué par des rigidités sans pareilles en Amérique du Nord. De plus, toutes les entreprises québécoises se voient privées des bienfaits de la sous-traitance alors que leurs concurrents d’ailleurs en profitent, abaissent leurs coûts de production et menacent ainsi leur survie. Finalement, la loi sur l’équité salariale qui apparaît comme une des plus contraignantes qui soit, peut être source de coûts considérables pour les entreprises. D’où la question pertinente à poser : le gouvernement peut-il réellement créer des emplois ou se contente-t-il plutôt de les déplacer d’une entreprise à l’autre, quand il ne les détruit pas simplement ?

La note que peut recevoir le gouvernement du Parti québécois doit découler de ses efforts pour favoriser l’intérêt commun au détriment des intérêts particuliers et pour atténuer les inefficacités économiques des programmes mis en place par les gouvernements précédents. Il obtient F pour sa politique du travail. Nous reconnaissons qu’il a aboli les décrets dans deux secteurs manufacturiers, le verre plat et le bois ouvré, ce qui n’est pas négligeable. De plus, il a résolu le différend sur la mobilité interprovinciale de la main-d’œuvre qui existait depuis 1977 entre le Québec et l’Ontario (Le ministère du Travail 1997c), bien que des efforts colossaux soient encore nécessaires pour instaurer un vrai marché intérieur libre des principales entraves. Tous les programmes analysés ne dénotent aucun souci d’aller dans le sens de la promotion de l’intérêt collectif. Ils s’emploient plutôt à créer de nouvelles rigidités ou à amplifier les anciennes au profit d’intérêts particuliers. Dans une économie de plus en plus ouverte sur le monde, le marché québécois du travail doit témoigner de souplesse et de capacité d’adaptation aux imprévus que suscite le progrès technologique. Ces impératifs d’un marché du travail performant sont encore plus contraignants pour un gouvernement dont l’objectif ultime est de séparer le Québec de la Confédération canadienne. Dans un contexte où le libre-échange se répand, les programmes doivent converger vers la flexibilité du marché du travail où l’économie québécoise se spécialiserait dans les activités où ses entreprises jouissent d’avantages comparatifs. La recherche de l’excellence à tous les niveaux s’impose, car le coût de toute défaillance s’alourdit à mesure que les frontières s’ouvrent et que l’interdépendance entre les marchés s’accroît.





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Last Modified: Wednesday, October 20, 1999.