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2. OBJECTIFS ET DÉFIS Le Parti québécois a succédé à un parti grevé par des programmes économiques qui ont fait de la province de Québec lun des endroits les plus hostiles au développement économique en Amérique du Nord. Cela constituerait en soi un important défi à tout nouveau parti au pouvoir qui désirerait réformer la manière de faire des affaires. Ce défi est encore tout particulièrement important pour un parti dont lobjectif ultime est de conduire la province de Québec à lindépendance. Lintégration économique dun Québec indépendant à léconomie mondiale exige quelle soit souple, flexible et ouverte aux échanges internationaux. Elle implique que la politique gouvernementale impose le moins possible dinefficacités économiques. La présence de distorsions occasionnera automatiquement une diminution du revenu des Québécois. En raison de sa petite taille relative sur les marchés mondiaux, léconomie québécoise dans son ensemble ne peut affecter les prix mondiaux. Sil se produit une divergence entre les prix québécois et ceux qui ont cours sur le marché mondial, lécart défavorable se traduirait par une baisse de la demande de produits québécois, ce qui entraînerait à son tour une diminution de la production, une hausse du taux de chômage et finalement, une baisse du niveau de vie. On obtient une indication générale de la flexibilité générale de léconomie québécoise en utilisant une mesure développée par linstitut Fraser. Le graphique 1, tiré Armin et al. (1998 : 21), montre pour cinq années-repères que les libertés économiques dont jouissent les consommateurs et les producteurs québécois sont parmi les plus restreintes au Canada. Lindice de libertés économiques, dont léchelle varie de zéro à dix, est une moyenne pondérée des activités gouvernementales suivantes : les dépenses publiques, les recettes fiscales, les interventions relatives au commerce interprovincial et la réglementation du marché du travail. Lindice mesure la flexibilité et la souplesse dune économie et sa capacité à faire face à toute éventualité. Lindice québécois, calculé périodiquement depuis 1981, se maintient toujours parmi les plus bas. Il oscille entre 3,4 et 4,5, alors que ceux de lOntario et de lAlberta varient à des seuils plus élevés, soit entre 5, 3 et 6,6 pour la première, soit entre 6,2 et 7,6 pour la seconde. Les agents économiques québécois obtiennent, quatre fois sur sept, la neuvième position. Il existe donc des rigidités de toutes sortes qui empêchent léconomie québécoise de sajuster à des perturbations, aussi bien internes quexternes. À titre dillustration, les taux marginaux dimposition auxquels sont soumis les particuliers sont beaucoup plus élevés que ceux des travailleurs des provinces canadiennes et des états américains, dont les entreprises sont en concurrence avec celles du Québéc. Le même scénario se reproduit au plan des entreprises en matière de charges fiscales sur la masse salariale. Les rigidités qui découlent de la réglementation du marché du travail ne se résolvent que par lémergence du travail noir. Les querelles interprovinciales font parti de la vie politique québécoise : pensons aux différends sur la mobilité de la main-duvre et sur la politique dachat, qui ont été réglés récemment et celui de la margarine qui traîne depuis des lustres. Quant aux dépenses gouvernementales, la preuve nest plus à faire de la nécessité de les réduire, puisque cest leur financement par des emprunts qui a conduit à la situation présente. Bref, ces chiffres devraient sonner lalarme pour nimporte quel gouvernement, surtout pour celui du Parti québécois sil désire concrétiser son objectif politique. Graphique 1
Source : Armin et a.l (1998). Provincial Economic Freedom Index : 23-26. Le gouvernement du Parti québécois se doit de préparer léconomie pour le Grand Soir pour que la transition soit le moins pénible possible et que tout se fasse sans trop de casse. Quoiquen disent les intellectuels de service et les chantres de cette idéologie, il se produira inévitablement des coûts de transition qui entraîneront une baisse du niveau de vie des Québécois, si la séparation politique se concrétise. La dissolution de lancienne Tchécoslovaquie en deux républiques indépendantes, qui sest faite pourtant à lamiable entre deux parties consentantes, en fait la preuve. Même la séparation la plus harmonieuse occasionne ces sortes de coûts. La contribution du fédéralisme Que le gouvernement reconnaisse ou non ces défis à son objectif dune politique économiques saine nest pas évident. Durant des décennies, la dépendance de laide fédérale a caché aux différents gouvernements québécois successifs les coûts de leurs programmes (Migué, 1994a). Pensons, par exemple, à la péréquation par laquelle le gouvernement fédéral verse au Québec en 1994 une somme de 517, 92 $ par personne. Dan Usher (1994 : 23) montre que 54 % des paiements de péréquation reçus par le gouvernement québécois sont des transferts nets des Canadiens des trois provinces riches aux Québécois. Un estimé plus récent de linstitut de recherche C. D. Howe évalue, pour lannée 1997, les paiements de péréquation par personne à 704 $. Les paiements de péréquation compensent le gouvernement québécois pour les programmes inefficaces quil adopte. Ceux-ci, tout en réduisant ses revenus fiscaux, génèrent un manque à gagner qui se trouve en partie comblé par les paiements de péréquation, puisque la province de Québec se situe alors sous la moyenne canadienne. Deux situations viennent à lesprit. À la fin des années 1970, les employés de la Société des alcools (SAQ) faisaient grève durant de nombreux mois. Le gouvernement québécois sest trouvé fortement compensé pour sa piètre performance au chapitre des revenus tirés des bières, boissons et alcools, puisque ces revenus font partie de la formule de péréquation. Léconomiste Thomas Courchene (1978) mentionne que lémigration de nombreux Québécois de langue anglaise sest révélée quand même payante pour le gouvernement en ce que la péréquation comblait le manque à gagner que le départ a créé à la composante de limpôt sur le revenu des particuliers. Dans les deux cas, la péréquation a adouci les conséquences négatives de la politique québécoise amorcée par le gouvernement.
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