Bulletin des écoles secondaires du Québec, Édition 2000 
  Peter Cowley et Richard Marceau
 
 
 
Introduction 
  
Les bonnes écoles répondent aux besoins des parents, élèves, contribuables et employeurs. Ce n'est qu'en tenant compte de ces besoins qu'une école peut se doter d'un programme scolaire pertinent, de méthodes d'enseignement efficaces et de services d'orientation utiles. Même si chaque école secondaire québécoise est appelée à combler des attentes différentes, toutes doivent répondre à certains impératifs fondamentaux. Les écoles efficaces veilleront à ce que leurs étudiantes et leurs étudiants acquièrent les aptitudes et assimilent la matière que l'on cherche à inculquer dans chaque cours. Elles concevront des plans de cours tenant compte des inévitables particularités de leurs élèves. Ces écoles se doteront aussi de méthodes d'évaluation capables de fournir aux étudiants et aux parents, en temps opportun, une rétroaction exacte sur les progrès scolaires. Les écoles efficaces encourageront leurs élèves à achever leurs études secondaires dans les délais normaux. Elles aideront enfin leurs étudiants à se préparer aux diverses perspectives qui s'offrent à eux à l'issue de leurs études secondaires. 

Le Bulletin des écoles secondaires du Québec (ci-après: « le Bulletin ») fournit une mesure indépendante de la performance annuelle de chaque école face aux besoins fondamentaux. Ainsi, le Bulletin sert plusieurs fins: 

Le Bulletin facilite l'amélioration des écoles 
  
Parents et élèves veulent voir leurs écoles progresser. C'est aussi le souhait des enseignantes, des enseignants, des conseillères et conseillers d'orientation, des administratrices, des administrateurs, des commissions scolaires et des fonctionnaires du ministère de l'Éducation. Les contribuables et les employeurs désirent également le progrès de leurs écoles. Mais comment le Bulletin mènera-t-il à une telle évolution? Toute tentative d'amélioration sérieuse requiert une mesure régulière de la performance. C'est ce qu'ont souligné, il y a 50 ans, le Pr Joseph Juran(1) et d'autres experts. Le Pr Juran a recommandé l'adoption d'une méthode d'amélioration cyclique, décrite comme une « spirale de la qualité ». L'application de cette méthode en milieu scolaire n'a rien de compliqué: la spirale commence par la compilation des performances antérieures pour que l'école puisse mesurer ses progrès par rapport à des données de référence, puis, une fois ces données de base établies, l'école se fixe un objectif de progrès à court terme, conçoit un plan pour l'atteindre, applique ce plan, mesure les résultats, révise s'il le faut son objectif, son plan ou les deux, applique le plan ainsi révisé et poursuit son cycle d'amélioration. C'est cette même recherche constante du progrès que vise le Bulletin des écoles secondaires du Québec. 

L'utilisation de la mesure des résultats comme base d'amélioration est très répandue. La publication de données sur la performance des établissements scolaires est devenue pratique courante dans un bon nombre d'administrations. Le ministère de l'Éducation et de l'Emploi du Royaume-Uni, par exemple, diffuse chaque année des tableaux exposant en détail les performances des établissements primaires, secondaires et collégiaux(2). Les autorités scolaires du Québec, de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et du Nouveau-Brunswick(3) publient, elles aussi, des données annuelles sur la performance de leurs établissements. Malheureusement, il ne suffit pas de faire paraître ainsi de simples données. L'expérience de la Colombie-Britannique et de l'Alberta donne à penser qu'il faut en tirer des conclusions précises avant de les diffuser si l'on veut que les rapports encouragent vraiment l'adoption de mesures progressistes. Il semble bien que les autorités scolaires de la Californie et de l'Oregon aient retenu cette leçon. Dans ces deux États, en effet, on va désormais bien au-delà de la simple publication de données sur la performance. Cette année même, en Californie, en vertu de la Loi sur la responsabilisation des écoles publiques de 1999, les autorités scolaires ont eu recours à un indice de performance scolaire(4) (une mesure similaire à la cote globale sur 10 de notre Bulletin) pour évaluer les écoles élémentaires, intermédiaires et secon­daires. Quant à l'Oregon(5), le ministère de l'Éducation de cet État attribue à chaque école publique trois indicateurs allant de l'exceptionnel à l'inacceptable pour évaluer respectivement la performance des élèves, leurs comportements et les caractéristiques de l'établissement lui-même. Ces trois indicateurs servent alors de base à l'attribution d'une cote globale de performance. 

Au Canada, l'Institut Fraser a publié le premier Bulletin des écoles secondaires de la Colombie-Britannique(6) en 1998, suivi en 1999 du Bulletin des écoles secondaires de l'Alberta(7). C'est maintenant au tour de l'Institut économique de Montréal, en collaboration avec l'Institut Fraser, de publier un tel rapport avec sa première édition du Bulletin des écoles secondaires du Québec. Celui-ci s'appuie sur des données pertinentes, déjà accessibles au public, à partir desquelles il attribue une cote de performance globale sur 10 à la plupart des établissements secondaires de la province. 

Nous avons d'abord calculé, pour chaque école, quatre indicateurs de performance s'appliquant à chacune des six années scolaires de 1993-1994 à 1998-1999: 

  • le résultat moyen, sans conversion, obtenu par les élèves de l'établissement aux épreuves du ministère de l'Éducation(8) dans quatre matières clés de secondaire IV et V; 
  • le pourcentage de ces mêmes épreuves auxquelles les étudiants ont échoué; 
  • la surestimation des résultats par l'école, c'est-à-dire la différence entre les résultats aux épreuves du ministère et les notes scolaires moyennes, accordées par l'école dans le courant de l'année; 
  • la différence moyenne entre garçons et filles à l'égard de la surestimation des résultats par l'école. 
Ces quatre indicateurs servent ensuite à établir la cote globale annuelle de chaque école, sur une échelle de zéro à dix. La cote ainsi obtenue répond à cette question essentielle: « Quelle est la performance de l'école? » 

Le rapport est complété par le taux de diplomation de cohorte(9), par une mesure des progrès ou reculs perceptibles au fil des années et par des données contextuelles sur l'école, ses élèves et leur profil socio-économique. 

Le Bulletin est conçu pour réunir ces indicateurs objectifs du rendement scolaire en un même document facilement disponible pour que toutes les parties intéressées - parents, élèves, administrateurs scolaires, professeurs et contribuables - puissent analyser et comparer les performances des divers établissements. 

Les comparaisons contribuent de bien des façons à l'amélioration de l'école: 

  • en comparant les derniers résultats d'une école à ceux des années précédentes, on peut juger du progrès ou du recul de l'établissement; 
  • la comparaison des résultats d'une école avec ceux des établissements voisins ou partageant des caractéristiques similaires permet de reconnaître les écoles les plus efficaces et de tirer des leçons de leur succès; 
  • le classement par rapport aux résultats provinciaux permet de situer le niveau de réussite de l'établissement sur une toile de fond. 
Les indicateurs, cotes et classements du Bulletin facilitent ces comparaisons et les rendent plus instructives. 

Le Bulletin peut servir de point de départ à une révision annuelle de la performance de chaque établissement. Tous les intervenants du milieu scolaire devraient collaborer à une telle révision. C'est à eux qu'il revient de juger de la pertinence de chacun des indicateurs. Ils peuvent alors décider ensemble de se satisfaire ou non des résultats de leur école. Si les résultats sont décevants, les intervenants peuvent concevoir ensemble un plan d'amélioration. Le Bulletin aura servi sa fin première dans la mesure où il aura contribué à la planification et à la mise en uvre de mesures significatives. 

Le Bulletin peut aider les parents à choisir 
  
Le Bulletin peut éclairer les décisions des parents qui ont le choix entre plusieurs institutions d'enseignement. Comme il facilite les comparaisons, le Bulletin indique aux parents quelles sont les écoles du voisinage où les élèves réussissent le mieux leurs études. Les parents peuvent aussi se servir du Bulletin pour juger du progrès ou du recul des établissements qui les intéressent. Les parents qui auront d'abord étudié le Bulletin seront mieux préparés à poser des questions pertinentes lorsqu'ils rencontreront les directeurs et enseignants des écoles où ils songent à inscrire leurs enfants. Le choix d'un établissement, bien sûr, ne devrait pas reposer sur une seule source d'information, mais le Bulletin n'en fournit pas moins un portrait détaillé de chaque école, ce que l'on ne trouve pas facilement ailleurs. 

Nos écoles représentent un enjeu important pour les contribuables 
  
La très grande majorité des élèves québécois fréquente des établissements financés en tout ou en partie par les contribuables. Pendant l'année scolaire 1998-1999, les écoles élémentaires et secon­daires du Québec ont coûté à ces contribuables environ 7 milliards de dollars en dépenses de fonctionnement et 450 millions de plus en immobilisations. Une dépense publique d'une pareille ampleur appelle une mesure constante et indépendante des résultats. Tout contribuable intéressé par la question devrait avoir facilement accès à de tels rapports. 

Quelles autres informations projettent-on d'ajouter aux éditions futures du Bulletin? 
  
Nous ne pourrions pas encourager les écoles à entreprendre une démarche d'amélioration constante sans nous engager avec la même ferveur à améliorer le Bulletin. Nous prévoyons d'ajouter, au fil des ans, de nouveaux indicateurs qui rendront ce Bulletin encore plus utile aux parents, aux professeurs, aux administrateurs scolaires et aux contribuables. On trouve, ci-dessous, quelques-unes des questions auxquelles répondront ces indicateurs additionnels. 

Combien d'années les étudiants mettent-ils à obtenir leur diplôme d'études secondaires? 
  
Un peu plus tôt, cette année, le ministère de l'Éducation a publié des données détaillées indiquant, pour chaque école, le pourcentage de certaines cohortes d'étudiants ayant obtenu un diplôme d'études secondaires dans le délai normal de cinq ans après l'admission en secondaire I. On voit ainsi comment les établissements aident leurs étudiants à demeurer assidus, à se concentrer sur leurs études et à terminer à temps leur cours secondaire. Malheureusement, dans le cas des écoles privées, ces données n'étaient pas disponibles au moment de publier la présente édition du Bulletin. Nous comptons cependant les obtenir à temps pour la prochaine édition. Entre-temps, nous avons inclus les données de diplomation seulement dans le cas des établissements pour lesquels ces informations étaient disponibles. Elles n'ont pas compté dans le calcul des cotes globales. 

Où sont donc passés les élèves ?  
  
Prendre le pouls d'une école en mesurant le taux d'assiduité 
  
La présence aux cours - en supposant qu'elle soit jumelée à des méthodes d'enseignement efficaces - est un facteur primordial de succès scolaire. Les mesures d'assiduité devraient donc faire partie de toute évaluation de l'efficacité d'une école. Une étude menée dans les classes d'économie(10) du premier cycle universitaire a révélé qu'un étudiant qui assistait régulièrement à ses cours obtenait des résultats supérieurs en moyenne d'une lettre (p. ex. un A plutôt qu'un B) à ceux d'un collègue moins assidu. Cette même étude a démontré de façon convaincante que l'assiduité était un facteur déterminant du succès scolaire. Mais il n'y a pas que les notes qui se dégradent lorsque les élèves manquent des cours. Une seconde étude a démontré que l'absentéisme à l'élémentaire, en plus de mener à l'abandon ultérieur des études, pouvait être le précurseur d'activités délinquantes et criminelles. Elle a montré en effet que l'absence rendait les élèves plus susceptibles de se laisser entraîner à consommer des drogues illicites et de l'alcool, ou même à commettre des actes de violence(11). Cette seconde étude cite le cas remarquable de la ville de Van Nuys, en Californie, où une opération de ratissage des élèves pratiquant l'école buissonnière, menée pendant trois semaines, a réduit de 60% le nombre d'arrestations pour vol à l'étalage pendant la même période. Puisque l'assiduité aux cours contribue autant au succès qu'au bien-être de l'élève, la mesure du taux de présence serait sans aucun doute un indicateur de performance scolaire très utile, à l'intérieur du Bulletin. 

Les données d'assiduité fourniront aussi une mesure de la capacité de l'école à capter l'attention de ses élèves. Les élèves du secondaire doivent répartir leur horaire très serré entre l'école, les loisirs (constructifs ou non) et le travail rémunéré. Dans un pareil contexte, le niveau d'assiduité reflétera le degré de priorité que les élèves accordent à leurs études. Les écoles qui ont un bon taux d'assiduité sont celles qui ont trouvé des moyens d'encourager leurs élèves à consacrer plus de temps à leurs études. Si l'établissement n'arrive pas à concurrencer le centre commercial du voisinage ou le centre de loisirs, le taux d'assiduité diminuera. 

Puisque les autorités scolaires ne sont pas tenues de remettre leurs statistiques d'assiduité au ministère de l'Éducation, ces données devront être recueillies auprès de chaque école indépendante et de chaque commission scolaire. Nous solliciterons donc l'assistance des autorités scolaires locales afin de pouvoir inclure des données sur l'assiduité dans la prochaine édition du Bulletin. 
 
 
 

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