Introduction
Les bonnes écoles
répondent aux besoins des parents, élèves, contribuables
et employeurs. Ce n'est qu'en tenant compte de ces besoins qu'une école
peut se doter d'un programme scolaire pertinent, de méthodes d'enseignement
efficaces et de services d'orientation utiles. Même si chaque école
secondaire québécoise est appelée à combler
des attentes différentes, toutes doivent répondre à
certains impératifs fondamentaux. Les écoles efficaces veilleront
à ce que leurs étudiantes et leurs étudiants acquièrent
les aptitudes et assimilent la matière que l'on cherche à
inculquer dans chaque cours. Elles concevront des plans de cours tenant
compte des inévitables particularités de leurs élèves.
Ces écoles se doteront aussi de méthodes d'évaluation
capables de fournir aux étudiants et aux parents, en temps opportun,
une rétroaction exacte sur les progrès scolaires. Les écoles
efficaces encourageront leurs élèves à achever leurs
études secondaires dans les délais normaux. Elles aideront
enfin leurs étudiants à se préparer aux diverses perspectives
qui s'offrent à eux à l'issue de leurs études secondaires.
Le Bulletin des écoles
secondaires du Québec (ci-après: « le
Bulletin ») fournit une mesure indépendante
de la performance annuelle de chaque école face aux besoins fondamentaux.
Ainsi, le Bulletin sert plusieurs fins:
Le Bulletin facilite
l'amélioration des écoles
Parents et élèves
veulent voir leurs écoles progresser. C'est aussi le souhait des
enseignantes, des enseignants, des conseillères et conseillers d'orientation,
des administratrices, des administrateurs, des commissions scolaires et
des fonctionnaires du ministère de l'Éducation. Les contribuables
et les employeurs désirent également le progrès de
leurs écoles. Mais comment le Bulletin mènera-t-il
à une telle évolution? Toute tentative d'amélioration
sérieuse requiert une mesure régulière de la performance.
C'est ce qu'ont souligné, il y a 50 ans, le Pr Joseph Juran(1)
et d'autres experts. Le Pr Juran a recommandé l'adoption d'une méthode
d'amélioration cyclique, décrite comme une «
spirale de la qualité ». L'application
de cette méthode en milieu scolaire n'a rien de compliqué:
la spirale commence par la compilation des performances antérieures
pour que l'école puisse mesurer ses progrès par rapport à
des données de référence, puis, une fois ces données
de base établies, l'école se fixe un objectif de progrès
à court terme, conçoit un plan pour l'atteindre, applique
ce plan, mesure les résultats, révise s'il le faut son objectif,
son plan ou les deux, applique le plan ainsi révisé et poursuit
son cycle d'amélioration. C'est cette même recherche constante
du progrès que vise le Bulletin des écoles secondaires
du Québec.
L'utilisation de la mesure
des résultats comme base d'amélioration est très répandue.
La publication de données sur la performance des établissements
scolaires est devenue pratique courante dans un bon nombre d'administrations.
Le ministère de l'Éducation et de l'Emploi du Royaume-Uni,
par exemple, diffuse chaque année des tableaux exposant en détail
les performances des établissements primaires, secondaires et collégiaux(2).
Les autorités scolaires du Québec, de la Colombie-Britannique,
de l'Alberta et du Nouveau-Brunswick(3)
publient, elles aussi, des données annuelles sur la performance
de leurs établissements. Malheureusement, il ne suffit pas de faire
paraître ainsi de simples données. L'expérience de
la Colombie-Britannique et de l'Alberta donne à penser qu'il faut
en tirer des conclusions précises avant de les diffuser si l'on
veut que les rapports encouragent vraiment l'adoption de mesures progressistes.
Il semble bien que les autorités scolaires de la Californie et de
l'Oregon aient retenu cette leçon. Dans ces deux États, en
effet, on va désormais bien au-delà de la simple publication
de données sur la performance. Cette année même, en
Californie, en vertu de la Loi sur la responsabilisation des écoles
publiques de 1999, les autorités scolaires ont eu recours à
un indice de performance scolaire(4)
(une mesure similaire à la cote globale sur 10 de notre Bulletin)
pour évaluer les écoles élémentaires, intermédiaires
et secondaires. Quant à l'Oregon(5),
le ministère de l'Éducation de cet État attribue à
chaque école publique trois indicateurs allant de l'exceptionnel
à l'inacceptable pour évaluer respectivement la performance
des élèves, leurs comportements et les caractéristiques
de l'établissement lui-même. Ces trois indicateurs servent
alors de base à l'attribution d'une cote globale de performance.
Au Canada, l'Institut Fraser
a publié le premier Bulletin des écoles secondaires de
la Colombie-Britannique(6)
en 1998, suivi en 1999 du Bulletin des écoles secondaires de
l'Alberta(7).
C'est maintenant au tour de l'Institut économique de Montréal,
en collaboration avec l'Institut Fraser, de publier un tel rapport avec
sa première édition du Bulletin des écoles secondaires
du Québec. Celui-ci s'appuie sur des données pertinentes,
déjà accessibles au public, à partir desquelles il
attribue une cote de performance globale sur 10 à la plupart des
établissements secondaires de la province.
Nous avons d'abord calculé,
pour chaque école, quatre indicateurs de performance s'appliquant
à chacune des six années scolaires de 1993-1994 à
1998-1999:
-
le résultat moyen, sans
conversion, obtenu par les élèves de l'établissement
aux épreuves du ministère de l'Éducation(8)
dans quatre matières clés de secondaire IV et V;
-
le pourcentage de ces mêmes
épreuves auxquelles les étudiants ont échoué;
-
la surestimation des résultats
par l'école, c'est-à-dire la différence entre les
résultats aux épreuves du ministère et les notes scolaires
moyennes, accordées par l'école dans le courant de l'année;
-
la différence moyenne
entre garçons et filles à l'égard de la surestimation
des résultats par l'école.
Ces quatre indicateurs servent
ensuite à établir la cote globale annuelle de chaque école,
sur une échelle de zéro à dix. La cote ainsi obtenue
répond à cette question essentielle: « Quelle
est la performance de l'école? »
Le rapport est complété
par le taux de diplomation de cohorte(9),
par une mesure des progrès ou reculs perceptibles au fil des années
et par des données contextuelles sur l'école, ses élèves
et leur profil socio-économique.
Le Bulletin est conçu
pour réunir ces indicateurs objectifs du rendement scolaire en un
même document facilement disponible pour que toutes les parties intéressées
- parents, élèves, administrateurs scolaires, professeurs
et contribuables - puissent analyser et comparer les performances des divers
établissements.
Les comparaisons contribuent
de bien des façons à l'amélioration de l'école:
-
en comparant les derniers résultats
d'une école à ceux des années précédentes,
on peut juger du progrès ou du recul de l'établissement;
-
la comparaison des résultats
d'une école avec ceux des établissements voisins ou partageant
des caractéristiques similaires permet de reconnaître les
écoles les plus efficaces et de tirer des leçons de leur
succès;
-
le classement par rapport aux
résultats provinciaux permet de situer le niveau de réussite
de l'établissement sur une toile de fond.
Les indicateurs, cotes et classements
du Bulletin facilitent ces comparaisons et les rendent plus instructives.
Le Bulletin peut servir
de point de départ à une révision annuelle de la performance
de chaque établissement. Tous les intervenants du milieu scolaire
devraient collaborer à une telle révision. C'est à
eux qu'il revient de juger de la pertinence de chacun des indicateurs.
Ils peuvent alors décider ensemble de se satisfaire ou non des résultats
de leur école. Si les résultats sont décevants, les
intervenants peuvent concevoir ensemble un plan d'amélioration.
Le Bulletin aura servi sa fin première dans la mesure où
il aura contribué à la planification et à la mise
en uvre de mesures significatives.
Le Bulletin peut
aider les parents à choisir
Le Bulletin peut
éclairer les décisions des parents qui ont le choix entre
plusieurs institutions d'enseignement. Comme il facilite les comparaisons,
le Bulletin indique aux parents quelles sont les écoles du
voisinage où les élèves réussissent le mieux
leurs études. Les parents peuvent aussi se servir du Bulletin
pour juger du progrès ou du recul des établissements
qui les intéressent. Les parents qui auront d'abord étudié
le Bulletin seront mieux préparés à poser des
questions pertinentes lorsqu'ils rencontreront les directeurs et enseignants
des écoles où ils songent à inscrire leurs enfants.
Le choix d'un établissement, bien sûr, ne devrait pas reposer
sur une seule source d'information, mais le Bulletin n'en fournit
pas moins un portrait détaillé de chaque école, ce
que l'on ne trouve pas facilement ailleurs.
Nos écoles représentent
un enjeu important pour les contribuables
La très grande majorité
des élèves québécois fréquente des établissements
financés en tout ou en partie par les contribuables. Pendant l'année
scolaire 1998-1999, les écoles élémentaires et secondaires
du Québec ont coûté à ces contribuables environ
7 milliards de dollars en dépenses de fonctionnement et 450 millions
de plus en immobilisations. Une dépense publique d'une pareille
ampleur appelle une mesure constante et indépendante des résultats.
Tout contribuable intéressé par la question devrait avoir
facilement accès à de tels rapports.
Quelles autres informations
projettent-on d'ajouter aux éditions futures du Bulletin?
Nous ne pourrions pas encourager
les écoles à entreprendre une démarche d'amélioration
constante sans nous engager avec la même ferveur à améliorer
le Bulletin. Nous prévoyons d'ajouter, au fil des ans, de
nouveaux indicateurs qui rendront ce Bulletin encore plus utile
aux parents, aux professeurs, aux administrateurs scolaires et aux contribuables.
On trouve, ci-dessous, quelques-unes des questions auxquelles répondront
ces indicateurs additionnels.
Combien d'années
les étudiants mettent-ils à obtenir leur diplôme d'études
secondaires?
Un peu plus tôt, cette
année, le ministère de l'Éducation a publié
des données détaillées indiquant, pour chaque école,
le pourcentage de certaines cohortes d'étudiants ayant obtenu un
diplôme d'études secondaires dans le délai normal de
cinq ans après l'admission en secondaire I. On voit ainsi comment
les établissements aident leurs étudiants à demeurer
assidus, à se concentrer sur leurs études et à terminer
à temps leur cours secondaire. Malheureusement, dans le cas des
écoles privées, ces données n'étaient pas disponibles
au moment de publier la présente édition du Bulletin.
Nous comptons cependant les obtenir à temps pour la prochaine édition.
Entre-temps, nous avons inclus les données de diplomation seulement
dans le cas des établissements pour lesquels ces informations étaient
disponibles. Elles n'ont pas compté dans le calcul des cotes globales.
Où sont donc passés les
élèves ?
Prendre le pouls d'une
école en mesurant le taux d'assiduité
La présence aux cours
- en supposant qu'elle soit jumelée à des méthodes
d'enseignement efficaces - est un facteur primordial de succès scolaire.
Les mesures d'assiduité devraient donc faire partie de toute évaluation
de l'efficacité d'une école. Une étude menée
dans les classes d'économie(10)
du premier cycle universitaire a révélé qu'un étudiant
qui assistait régulièrement à ses cours obtenait des
résultats supérieurs en moyenne d'une lettre (p. ex. un A
plutôt qu'un B) à ceux d'un collègue moins assidu.
Cette même étude a démontré de façon
convaincante que l'assiduité était un facteur déterminant
du succès scolaire. Mais il n'y a pas que les notes qui se dégradent
lorsque les élèves manquent des cours. Une seconde étude
a démontré que l'absentéisme à l'élémentaire,
en plus de mener à l'abandon ultérieur des études,
pouvait être le précurseur d'activités délinquantes
et criminelles. Elle a montré en effet que l'absence rendait les
élèves plus susceptibles de se laisser entraîner à
consommer des drogues illicites et de l'alcool, ou même à
commettre des actes de violence(11).
Cette seconde étude cite le cas remarquable de la ville de Van Nuys,
en Californie, où une opération de ratissage des élèves
pratiquant l'école buissonnière, menée pendant trois
semaines, a réduit de 60% le nombre d'arrestations pour vol à
l'étalage pendant la même période. Puisque l'assiduité
aux cours contribue autant au succès qu'au bien-être de l'élève,
la mesure du taux de présence serait sans aucun doute un indicateur
de performance scolaire très utile, à l'intérieur
du Bulletin.
Les données d'assiduité
fourniront aussi une mesure de la capacité de l'école à
capter l'attention de ses élèves. Les élèves
du secondaire doivent répartir leur horaire très serré
entre l'école, les loisirs (constructifs ou non) et le travail rémunéré.
Dans un pareil contexte, le niveau d'assiduité reflétera
le degré de priorité que les élèves accordent
à leurs études. Les écoles qui ont un bon taux d'assiduité
sont celles qui ont trouvé des moyens d'encourager leurs élèves
à consacrer plus de temps à leurs études. Si l'établissement
n'arrive pas à concurrencer le centre commercial du voisinage ou
le centre de loisirs, le taux d'assiduité diminuera.
Puisque les autorités
scolaires ne sont pas tenues de remettre leurs statistiques d'assiduité
au ministère de l'Éducation, ces données devront être
recueillies auprès de chaque école indépendante et
de chaque commission scolaire. Nous solliciterons donc l'assistance des
autorités scolaires locales afin de pouvoir inclure des données
sur l'assiduité dans la prochaine édition du Bulletin.
Tous
droits réservés 2000 • Institut économique de Montréal
/ Institut Fraser
|